Institut de Recherches Économiques et Fiscales

IREF Europe - Institut de Recherches Économiques et Fiscales

Pour la liberté économique
et la concurrence fiscale


par ,

Le franc suisse s’envole, l’industrie suisse s’affole…

En moins de deux ans, le franc suisse s’est apprécié de quelque 35 % contre l’euro et le dollar : récompense de la rigueur monétaire. Mais les entreprises suisses doivent s’adapter au Franc fort et augmenter leur productivité pour pouvoir exporter. La Banque Nationale veut les soutenir en émettant plus de Francs. En réalité, il faudrait pratiquer des taux d’intérêt négatifs. Analyse et recommandations du Professeur Victoria Curzon-Price, administrateur de l’IREF.

Depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale (pour ne pas remonter plus loin), le franc suisse s’est régulièrement apprécié par rapport à toutes les monnaies avoisinantes, y inclus les marks allemands. La raison en est simple : comme l’a dit à juste titre Jan Krepelka dans son article « Le franc fort est une fierté et non une honte », publié le 26 août 2011 dans Le Temps, les politiques monétaires, fiscales et budgétaires de la Suisse ont été systématiquement moins mauvaises que celles de nos voisins.

L’épisode d’appréciation actuelle n’est pas différent que ceux que l’économie suisse a traversés à plusieurs reprises autrefois. A chaque fois, que de cris et de pleurs ! Il est vrai que le mouvement de prix cette fois est d’une ampleur impressionnante (+50% en moins de deux ans), mais sa nature est la même : les épargnants du monde entier voudraient détenir des francs suisses comme valeur refuge… et ce faisant, ils ébranlent ce qu’ils adorent, c’est à dire, la petite économie saine et performante de la Suisse.

Lors des épisodes antérieurs, l’industrie suisse s’est adaptée, tant bien que mal, à ces chocs. Comment a-t-elle fait ? D’abord, les prix des produits intermédiaires importés ont baissé ; ensuite, les patrons ont renégocié les salaires à la baisse et les heures de travail à la hausse ; parallèlement, ils ont externalisé tout ce qui n’était plus rentable, ils ont cherché de nouveaux débouchés, exploré de nouveaux produits, trouvé de nouvelles technologies et adopté des innovations impressionnantes. C’est le côté positif de la médaille. Beaucoup de secteurs d’industrie ont été abandonnés dans ce processus, des entreprises ont fait faillite, des gens ont dû se reconvertir. C’est le côté négatif de la médaille. C’est malheureusement le prix à payer pour que l’ensemble de l’économie suisse demeure compétitive, malgré le handicap permanent que constitue pour elle « le franc fort ». D’ailleurs, la croissance économique « réelle » du PIB a été des plus modestes ces 20 dernières années, car elle était caractérisée par des baisses de prix dues à l’augmentation de la productivité, phénomène que la comptabilité nationale conventionnelle a du mal à saisir. Or tout étudiant en économie de première année vous dira qu’une baisse de prix n’est pas une catastrophe généralisée, mais équivaut à une augmentation de revenu réel pour le consommateur.

L’appréciation du franc suisse est donc un problème pour les producteurs et une aubaine pour les consommateurs, l’augmentation de la productivité représentant le solde de revenu réel positif pour l’économie considérée dans son ensemble.

Conceptuellement, il faut voir dans la soudaine appréciation du franc suisse durant ces 20 derniers mois la « récompense » de tous ces efforts continus pendant 20 ans. Les Suisses bénéficient actuellement d’une importante augmentation de leur revenu réel, correspondant à l’appréciation de leur monnaie.

Je voudrais pouvoir dire que la meilleure politique dans la situation actuelle serait de ne rien faire – mais pour une fois, je ne pense pas que ce ne soit désirable. L’ampleur de la crise qui se dessine autour de la Suisse est telle que le franc risque d’être totalement submergé, plongeant l’économie dans une grave récession. Il y a quand même des limites à l’ingénuité des entrepreneurs suisses ! Comment l’éviter ?

Certainement pas, comme le fait actuellement la Banque Nationale Suisse, en essayant de lutter contre les marchés en fabriquant du franc suisse à la pèle pour acheter des euros et des dollars dépréciés (une très mauvaise affaire pour les contribuables, car la chute va continuer). Certainement pas, comme le préconise le Conseil Fédéral, en débloquant des milliards en faveur des industries exposées aux pertes de compétitivité (également une mauvaise affaire pour les contribuables et en partie illégal au vu du GATT).

La meilleure solution, au moment actuel, est la réintroduction du fameux « taux d’intérêt négatif » sur les nouveaux dépôts à court terme en francs suisses sur des comptes bancaires détenus par les non résidents. Il s’agit de taxer la spéculation sur le franc suisse et d’éviter les dégâts collatéraux que celle-ci est en train d’infliger à l’économie réelle. Et en plus ce serait une bonne nouvelle pour les contribuables : non seulement on arrête les mauvaises affaires déjà signalées – mais on monnaie nos bonnes politiques macroéconomiques !

Partager cet article :

Autres lectures ...

En Suisse, la télévision publique vit peut-être ses derniers jours

Philosophie de l’impôt
Philippe Nemo, PUF 2017


L’hôpital étouffé par la bureaucratie

La Bourse américaine : + 152 %



Un message, un commentaire ?

Afficher le formulaire

Messages (1)

pouvoir d’achat du citoyen helvètique

le 3 septembre 2011, 09:59

Je ne suis pas d’accord avec l’affirmation ci-dessus que la vie devient moins chère pour les ménages suisses, lesquels vont en masse faire leur shopping de base dans les pays voisins.

- Répondre -

 css js

En continuant la navigation sur notre site, vous acceptez l'utilisation des cookies
FERMER

Suivez les publications de l'IREF,
inscrivez-vous gratuitement
à la lettre hebdomadaire