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Le SMIC au Royaume-Uni n’est pas une décision politique

Dans la perspective des élections, les hommes politiques importants sautent en effet sur cette occasion pour présenter leur vision du futur pour le pays. C’est ainsi que lors de la conférence du Parti travailliste, Ed Balls, le ministre de l’économie de l’opposition, a annoncé qu’il augmenterait le Smic de £6,50 (8.64 euros) de l’heure à £8 (10.64 euros) de l’heure. A ce titre, il a commis une double erreur.

Il fait une première erreur en s’engageant avant d’avoir évaluer les conséquences de ce qu’il promet. Bien que le SMIC soit toujours vu comme la panacée de la justice sociale, on vient récemment d’en mesurer les effets pervers. En effet, un SMIC élevé dissuade les entreprises d’embaucher parce qu’il augmente le prix de travail. Disons en gros, que si le prix du travail augmente, tandis que la productivité stagne, l’entreprise perd les moyens d’employer un personnel dont le coût devient excessif. Les moins qualifiés, les jeunes la plupart du temps, seront sacrifiés ; alors que dans le monde du travail ce sont ces derniers qui ont le plus besoin d’une aide.

Le ministre a par ailleurs sans doute oublié qu’il existe trois SMIC au Royaume-Uni : un pour les jeunes (16-25 ans), un autre pour les employés « classiques » et un troisième pour les employés séniors.

Au demeurant la question est surtout celle de svoir ce que représente le SMIC par rapport au salaire médian. En France, le SMIC représente 62 % du salaire médian, ce qui en fait le salaire minimum le plus élevé, à 42 points au-dessus du SMIC britannique. Dans le tableau joint, on peut constater la grande différence entre le SMIC français et les autres SMIC par rapport au salaire médian.

Montant du SMIC par rapport au salaire médian
FRANCE 62 %
ALLEMAGNE 50 %
AUSTRALIE 54 %
BELGIQUE 50 %
PAYS-BAS 47 %
ROYAUME-UNI 47 %
LUXEMBOURG 41 %
ETATS-UNIS 37 %

Ensuite, Ed Balls fait une seconde erreur en promettant de décider d’une hausse du SMIC alors que le gouvernement n’est pas seul à en convenir. En fait, il existe en Grande Bretagne une commission, la « Low Pay Commission », qui donne un avis déterminant sur le nuveau du SMIC. La « Low Pay Commission » est une organisation publique, bien qu’indépendante, qui travaille en liaison avec le « Department for Bussiness, Innovation and Skills ». Elle ne sert qu’à conseiller le gouvernement sur le SMIC. Il va sans dire que le gouvernement a le dernier mot, mais en général le gouvernement accepte son conseil sans se poser de question. L’équipe est constituée d’un directeur et de huit « Low Pay Commissionners », qui, tous, viennent d’horizons professionnels différents.

Voici une analyse de la « Low Pay Commission » et de ses membres :

Représentatif de quel secteur : Entreprises Salariés Indépendants
Nombre : 3 3 2

La première catégorie, qui représente les entreprises, est constituée de trois hommes d’affaires, tous issus du secteur privé. Peter Donaldson, par exemple, a passé 30 ans dans l’industrie chimique et a ensuite fondé sa propre entreprise. Donc il connait bien les difficultés salariales de l’entrepreneur. Et il y a Neil Carberry, qui tient un poste élevé de responsabilité au CBI : l’équivalent britannique du Medef. De plus, la plupart de ces « commissionners » continuent leur travail professionnel, en plus de leur rôle à la « Low Pay Comission ».

De manière équilibrée, il y a aussi trois représentants d’employés qui sont en fait issus de divers grands syndicats britanniques, notamment John Hannet, le secrétaire générale de "l’Union of Shop, Distributive and Allied workers", un secteur où les employés payés au SMIC sont particulièrement nombreux.

Les deux autres personnes sont celles que le gouvernement nomme les « indépendants ». Richard Dickens et Bob Elliot sont deux professeurs d’économie à l’université. Ils ont vocation à prodiguer leurs conseils, purement économiques, afin de rapprocher les points de vue, souvent contradictoires, des entreprises et de leurs salariés.

En France, la décision d’augmenter le SMIC ne dépend que du gouvernement et de ses fonctionnaires ; précisément ceux dont le travail n’est pas impliqué dans le taux du SMIC... Le SMIC n’est devenu ainsi qu’un outil politique pour gagner des votes, et n’est plus regardé comme une réalité, avec ses lourdes conséquences sociales et économiques.

Dans l’esprit de Ed Balls, cette proposition lui semblait probablement un choix sans risque, mais il n’a pensé, ni aux retombées économiques, ni à préserver un système efficace qui pour le moment moment marche bien, dans la mesure où il inclut tous les avis dans le débat...

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