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La Chine ne nous fait pas concurrence, l’Allemagne oui

Les adversaires du mondialisme se réfèrent volontiers à la concurrence déloyale des pays émergents. Dans une étude bien documentée, Lucas Léger, chercheur à l’IREF, démontre que non seulement les échanges avec la Chine ne sont pas en cause, mais aussi qu’une politique protectionniste accentuerait l’écart avec notre principal compétiteur : l’Allemagne.

La mondialisation est souvent associée aux délocalisations, à la « concurrence déloyale » des pays émergents, qui, à peu de frais, nous inonderaient de biens et services de mauvaise qualité au mépris des règles environnementales, de la bienséance fiscale et des droits sociaux dont leurs populations devraient bénéficier. C’est donc avec une facilité déconcertante que le défenseur de l’opprimé jette l’anathème sur une mondialisation toujours présumée coupable, plutôt que de s’attacher à comprendre son fonctionnement et en déduire les conséquences immensément positives – matérielles, culturelles, sociales et sanitaires – qu’elle peut avoir sur notre quotidien.

Nos vrais concurrents : les Allemands et les Américains

L’ennemi serait le travailleur chinois ; un brin retors et toujours prompt à voler l’emploi du bon français. Mais les pourfendeurs du libre-échange négligent une variable importante : la mondialisation est un mouvement constant et elle ne les attend pas pour rebattre les cartes du commerce international. Ce qui était déjà faux il y a une décennie à propos du chinois l’est encore plus aujourd’hui. Nos vrais concurrents sont les Allemands et les Américains, comme en témoigne le graphique ci-dessous tiré du rapport sur le développement humain 2013 publié par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Le premier constat est que le commerce se régionalise autant qu’il se mondialise. La révolution technologique a donné lieu à une hausse substantielle du commerce intrafirmes et intrasecteurs. Cette double tendance, n’en déplaise aux mécontents altermondialistes, profite d’abord aux pays émergents qui ont su emboiter le pas de la mondialisation.

Le PNUD remarque que ce « rééquilibrage s’est accompagné de l’établissement de liens sans précédent entre les régions en développement. Entre 1980 et 2011, la part du commerce Sud-Sud dans le commerce mondial de marchandises est passée de 8,1 % à 26,7 %, avec une croissance particulièrement notable dans les années 2000. Sur la même période, la part du commerce Nord-Nord a diminué, passant de 46 % à moins de 30 %. Ces tendances se confirment même lorsque les exportations et importations de ressources naturelles sont exclues. Le commerce Sud-Sud a été un important facteur de croissance lors du récent ralentissement économique. Les pays du Sud exportent plus de marchandises (et de produits manufacturés) entre eux qu’aux pays du Nord, et ces exportations concernent davantage des compétences et des technologies. »

Ensuite, on observe que le poids du commerce Sud-Nord dans les échanges internationaux est resté stable, autour des 20 %, depuis 1995. Le dumping fiscal, social et environnemental des pays émergents n’est donc pas à l’origine de plus de concurrence qu’il y a deux décennies.

Exporter de la valeur ajoutée et coût de la protection

Les pays les plus développés sont donc nos principaux concurrents, c’est d’ailleurs avec ces derniers que nous échangeons le plus. En valeur ajoutée, nos cinq partenaires principaux dans les pays industrialisés (Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Royaume-Uni et Etats-Unis) représentent près de 40 % de nos exportations brutes. Ce calcul en valeur ajoutée, récemment établi par l’OMC et l’OCDE, reflète mieux la nature des échanges d’aujourd’hui. Par exemple, si une entreprise française produit un véhicule qu’elle va exporter vers la Suède d’une valeur de 100 mais qu’elle doit importer 65 pour la conception et construction de l’automobile, alors l’entreprise aura engendré une valeur ajoutée de 35. On évite ainsi certains écueils ; notamment de comptabiliser plusieurs fois l’exportation d’un même produit sur une chaine de valeur qui est devenue globale.

Donc, « l’important n’est pas d’exporter beaucoup, c’est d’ajouter beaucoup de valeur », nous rappelle Pascal Lamy. Il ne suffit plus d’exporter à tout va comme le fait la Chine mais plutôt de vendre des biens et services de qualité. Tout n’est pas perdu pour notre beau pays puisque ses points forts restent la haute et moyenne technologie, notamment dans les secteurs aéronautique et pharmaceutique. Le graphique ci-dessous vous donne un aperçu de la situation de la France en termes de création de valeur en comparaison de ses partenaires commerciaux les plus significatifs. En réalité, nous faisons aussi bien que l’Allemagne.

Alors, si nos performances sont proches de celles de nos amis germaniques et que les sweatshops du Vietnam ne sont pas la source de notre balance commerciale chroniquement déficitaire, où est le problème ? Une note du magazine Problèmes Économiques de janvier 2013 en fait bien la synthèse : «  ?… ? l’appareil exportateur français se caractérise par une surreprésentation des entreprises de faible taille : 73 % d’entre elles ont moins de vingt salariés, mais ne réalisent que 19 % de l’ensemble des exportations. La moitié des entreprises exportatrices ont une seule destination à l’exportation et 40 % sont positionnées sur un seul produit. À l’autre extrémité, 3 % ont plus de 250 salariés et représentent 55 % des montants exportés. En réalité, l’appareil exportateur français est fortement dual. À côté d’une population d’entreprises de faible taille, très mouvante et qui peine à s’enraciner à l’international, coexistent quelques grands champions, très ouverts sur le monde, et dont l’activité à l’exportation est régulière. ?… ? Pour leur part, les mille premiers exportateurs captent 70 % des ventes, contre 55 % en Allemagne et 49 % en Italie. »

Enfin, ce paramètre de valeur ajoutée redonne également de l’importance aux importations dans le processus de création de valeur et devrait à lui seul nous détourner des tentations protectionnistes. La France réexporte environ 40 % des produits intermédiaires qu’elle a précédemment importés. Sous-estimer ce chiffre et rétablir certaines barrières tarifaires, c’est se tirer une balle dans le pied. Car indirectement, le coût de la protection est augmenté. En effet, si le tarif constitue un avantage de prix pour le revendeur, il est aussi une taxe à l’export. Dans un environnement où la chaine de valeur est mondiale, les importations d’aujourd’hui sont, en partie, les exportations de demain. Renchérir les importations des consommations intermédiaires en augmentant les droits de douane de 10 % revient à détruire 4 % de valeur ajoutée (en prenant en compte les 40 % évoqués plus haut).

Les quelques chiffres présentés plus haut montrent que les problèmes de la France ne sont donc pas liés à une concurrence internationale insoutenable. Nous sommes à la traine pour des raisons structurelles.

Il est aisé de faire de la propagande autour des déboires sociaux du nouveau chômeur, endetté, au bord de la dépression, parce qu’il a perdu son travail au profit d’un « esclave » chinois qui tricotera le dernier pull à la mode depuis son usine du Shanxi. Il est plus rare de remettre en cause un modèle économique à bout de souffle, étouffant les initiatives privées grâce aux largesses d’un « Etat nounou » toujours plus inefficace. Entre une nation de libre-échange et le repli sur soi, il faut choisir, et comprendre que le choix guide aussi notre modèle social.

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