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Je n’ai pas l’intention de confier les commissions de modernisation à des fonctionnaires

« J’ai beaucoup d’estime pour l’administration française, mais il est évident qu’elle n’est pas faite pour changer le visage du pays. Son rôle est au contraire de maintenir l’état des choses qu’on lui confie. Les hauts fonctionnaires qui la dominent ont toutes les qualités sauf l’esprit d’entreprise. Pour transformer la France, il faudrait transformer les grands corps de l’Etat. Je n’ai pas l’intention de confier les commissions de modernisation à des fonctionnaires », affirme Jean Monnet.

Cette citation n’est pas celle d’un dangereux anarchiste ou d’un "ultra-libéral à la solde de Wall Street". Elle émane de…. Jean Monnet

Sa réflexion est d’autant plus intéressante que Jean Monnet connaît à la fois le secteur privé et les hauts fonctionnaires, et dont l’horizon est international.

Revenons en quelques mots sur son parcours : issu d’une famille de négociants en cognac, il débute sa carrière dans l’entreprise familiale ; entreprise "mondialisée" qui lui permet très tôt des contacts avec l’étranger et des voyages à Londres ou aux Etats-Unis.

Responsable de la coordination des ressources alliées pendant la première Guerre Mondiale, il va, sa vie durant, alterner une carrière d’homme d’affaires et financier avec des périodes au service d’organisation nationales ou internationale comme la SDN.

C’est fort de cette expérience et de son rôle pendant la seconde guerre mondiale, qu’il va poser les premiers jalons de la construction européenne avec la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier.

Il est également le père de la planification à la française. Celle-ci, dans son esprit, ne doit pas être le clone de son homologue soviétique mais doit simplement donner une impulsion, fixer un cadre.

Au travers de cette citation, Jean Monnet pointe un mal bien Français, celui de croire que les fonctionnaires peuvent impulser des changements majeurs. Non, tout estimables que nombre d’entre eux puissent être, ils sont de par leur formation voués à faire fonctionner l’administration.

Mais cette analyse n’a pas eu l’écho qu’elle aurait du avoir, c’est le moins que l’on puisse dire.

Guillaume Blondin

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