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Le revenu universel : trappe à pauvreté et dépendance à l’Etat

Une question lancinante que devraient se poser les partisans du revenu universel est « que se passerait-il si une grande majorité de la population finissait en définitive par décider de vivre uniquement du RU ? ». Et ne constituerait-il pas un appel d’air pour une immigration en quelque sorte « d’opportunisme », ayant alors peu de chances de s’intégrer ? Comment financer la belle mesure dans ces cas ? Il y aurait donc un matraquage fiscal sur une minorité ? Pas très libéral.

Le revenu universel fait encore parler de lui. Le candidat socialiste Benoit Hamon qui avait fait de la mesure la pierre angulaire électoraliste de son programme, s’est ravisé sans le dire : le revenu universel sera finalement un tout petit peu moins universel que prévu puisque des conditions de ressources seront appliquées… et que le budget consacré sera dix fois moins élevé que ce qui était initialement proposé d’un revenu inconditionnel de 750 euros. M. Hamon a réalisé que l’ « universalité » a évidemment un coût, c’est un progrès. Parallèlement cependant, Gaspard Koenig, décidément plus engagé qu’un candidat de la gauche sur cette mesure, a récemment invité les libéraux à « se réformer » sur la question. Mais les libéraux réfractaires (comme les non libéraux d’ailleurs) ont de bonnes raisons de résister à la tentation de cette réforme.

L’argument pour attirer les libéraux repose largement sur l’idée que Milton Friedman a été le père de la mesure. Je crois avoir montré dans ces colonnes que cette idée est très largement contestable. Il y a en outre un réel risque d’assistant, comme l’a rappelé Jean-Philippe Delsol. Bill Gates, qui a soudainement proposé une taxe sur les robots, dont le caractère malthusien et profondément erroné a été dénoncé ici même récemment par Jean-Yves Naudet, a même été mobilisé dans les débats sur le revenu universel, avant qu’il ne déclare il y a quelques jours que les États n’étaient pas encore assez riches et donc pas prêts à verser une telle allocation. La reculade de M. Hamon semble confirmer cette intuition. Reste que d’autres aspects problématiques de la mesure doivent être soulignés.

Une question lancinante que devraient se poser les partisans du revenu universel est « que se passerait-il si une grande majorité de la population finissait en définitive par décider de vivre uniquement du RU ? ». Et ne constituerait-il pas un appel d’air pour une immigration en quelque sorte « d’opportunisme », ayant alors peu de chances de s’intégrer ? Comment financer la belle mesure dans ces cas ? Il y aurait donc un matraquage fiscal sur une minorité ? Pas très libéral. D’ailleurs, on sort alors la carte magique de la taxe sur les robots pour financer la mesure. Mais qui paie la taxe encore une fois ? Des robots ? Non, évidemment. Des humains, qui doivent donc bien avoir un revenu. On le voit : on tourne en rond.

Par ailleurs, appliquer une allocation « homogène » sur un territoire aux niveaux de développements économiques très hétérogènes peut avoir de fâcheuses conséquences inattendues. D’une part cela constituerait une mesure en définitive inéquitable, puisque la même allocation ne fournirait pas le même degré de « liberté réelle », concept cher aux défenseurs de la mesure, en fonction des niveaux de vie des régions ou lieux où elle serait reçue. D’autre part des déséquilibres territoriaux pourraient survenir, avec engorgement des lieux où le niveau de vie est le moins élevé, du fait d’incitations à profiter au maximum du différentiel entre coût de la vie et allocation (et on peut supposer des augmentations de prix négligeables dans l’immobilier du fait d’une offre souvent excédentaire dans ces endroits ou de politiques urbaines « sociales » diverses). Ceci initierait un cercle vicieux d’appauvrissement territorial puisqu’il y aurait dans ces zones de moins en moins d’actifs et de plus en plus d’heureux bénéficiaires du revenu universel.

Ensuite, se poserait une question de démocratie. Comment une population si dépendante de l’État peut-elle être considérée comme capable de contrôler démocratiquement ses dirigeants ? Rappelons-nous d’ailleurs la raison politique – et non sociale – de l’établissement par Bismark de l’État-providence, qui était de contrôler les populations : « Celui qui a une pension pour ses vieux jours est bien plus content et beaucoup plus facile à manipuler que celui qui n’a pas une telle perspective. » Le revenu universel nous embarque un peu plus loin dans cette voie vers, me semble-t-il, 1984, notamment quand y sont ajoutées les « réflexions » sur la fin du travail etc.

Un dernier aspect rarement évoqué, tout à fait en ligne avec la dernière idée, et qui devrait également inquiéter profondément tout libéral, est que cette mesure s’insère parfaitement dans le mouvement insidieux – et très bismarkien - qui consiste à rendre les populations d’une part plus dépendantes de l’État, on l’a vu, et d’autre part moins conscientes du coût de ce même État, et ce, du fait d’une illusion fiscale toujours plus grande (endettement, taxation toujours plus indirecte, dilution des impôts direct, retenue à la source…). Dans un tel contexte la notion même de reddition des comptes perd son sens, tout comme celle de démocratie, qui se réduira toujours plus au spectacle vide des élections. Il est difficile de ne pas voir dans ces tendances la fin de la démocratie justement, et l’avènement d’une technocratie autoritaire et incontrôlée.

Que des libéraux puissent s’associer à un tel mouvement parait ainsi choquant pour… des libéraux. Il existe d’autres moyens de lutter contre la pauvreté, notamment davantage de liberté économique, la liberté mutualiste et enfin, la vraie solidarité, associative et volontaire. Libérons la société civile de l’État plutôt que l’enfermer un peu plus dedans.

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