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Universités : sortir de l’assistanat pour réussir dans la vie active

Le poste le plus lourd du budget examiné par le Parlement : 60 milliards d’euros pour l’enseignement scolaire et 24 milliards pour l’enseignement supérieur. La charge du contribuable est lourde ; en a-t-il pour son argent ? Maître Jean Philippe Delsol, administrateur de l’IREF en doute. Les réformes introduites ou prévues pour les Universités françaises s’inspirent du principe de gratuité et aggravent l’assistanat, alors que les étudiants ont besoin d’un apprentissage de la responsabilité pour réussir leur vie active.

Les réformes engagées dans l’Université française par Madame Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, sont très nombreuses et très profondes. Cependant elles ne sont pas très innovantes, dans la mesure où deux mesures fondamentales n’ont pas été retenues : la totale autonomie des universités, et la concurrence des diplômes, des programmes et des enseignants. Il est vrai que ces innovations sont plutôt difficiles à mettre en oeuvre dans le cadre français traditionnel d’un monopole d’Etat.

Mais il est une question qui demeure posée à l’heure actuelle, et sur laquelle les réformes paraissent mal engagées : c’est celle du financement des études, et de ses conséquences pour la formation de la jeunesse.

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Les étudiants payent-ils des droits d’ inscription ?

En France, la gratuité ou quasi-gratuité de l’enseignement est considérée comme un principe sacré de la République. Le montant des droits universitaires est toujours fixé annuellement par arrêté ministériel. Il varie selon le diplôme préparé, de 170 Euros à 550 Euros, non comprises la sécurité sociale étudiante, les redevances spécifiques et l’adhésion éventuelle à une mutuelle.

Ce système n’a pas été remis en cause, alors qu’il l’a été par exemple récemment en Angleterre. Dans ce pays, le mécanisme des droits d’inscription a été introduit pour les étudiants en pré-licence à temps plein en 1998 et il s’est étendu en septembre 2006. Les droits d’inscription représentaient déjà, en 2005, 25% des recettes des universités (3,5 M de livres).

On est évidemment loin du système américain, où la plupart des universités sont privées : sur 2800 universités, 643 seulement sont publiques. Les droits annuels moyens de scolarité représentent en moyenne 30 000 $ mais peuvent aller jusqu’à 50 000 $. Il y a néanmoins 18 millions d’étudiants inscrits dans les universités américaines.

La gratuité, un handicap

En refusant de faire participer les étudiants au financement de l’université, la France s’est handicapée elle-même. D’abord bien sûr parce que les Universités vivent essentiellement sur les allocations d’Etat. Elles en dénoncent à juste titre et l’insuffisance et l’arbitraire. La recherche de financements privés par les Universités françaises demeure problématique. Les fondations universitaires, qui peuvent être créées depuis avril 2008, n’ont réussi à lever à ce jour que 60 millions d’euros.

Un financement au rabais signifie aussi bien souvent des études au rabais. Et en agissant ainsi, l’université infantilise les étudiants, ne leur apprend pas le prix des services et les exigences du travail.

Certes, il n’est pas facile pour un étudiant sans ressources familiales de gagner ce qu’il lui faut pour vivre pendant ses études au-delà des bourses qu’il peut obtenir. Mais précisément il vaudrait sans doute mieux que tous payent le prix de leurs études, ou une partie de ce prix, et que l’université les aide à trouver par leurs efforts les moyens de le payer. Les étudiants pourraient être embauchés à temps partiel dans les bibliothèques universitaires pour qu’elles ouvrent le soir et le weekend, ils pourraient travailler quelques heures par jour dans les restaurants universitaires, disposer d’aménagements d’horaires pour être engagés à mi-temps ailleurs…

Les étudiants peuvent déjà emprunter. Seule bonne mesure en ce sens : le ministère de l’enseignement supérieur a lancé en septembre 2008 un prêt bancaire étudiant garanti par l’Etat pendant 10 ans. Ce prêt peut être accordé au taux du marché dans la limite d’un montant de 15 000 €. Il peut être remboursé après la fin des études. Pourtant, le succès ne semble pas au rendez-vous. Les étudiants et leurs familles rechigneraient-ils à payer pour ce que l’on considère dans notre pays comme un "droit social" ?

Responsabilité et obligation de résultat

Pourtant, l’étudiant qui doit travailler et/ou emprunter pour payer ses études accepte, d’une certaine manière, une obligation de résultat. Il sera très pénalisé s’il échoue. C’est peut-être une partie de la raison du succès des universités américaines. Elles mettent leurs étudiants en condition de réussir…par obligation. Les écoles de commerce françaises profitent aussi sans doute de cet effet. La scolarité y coûte souvent plus de 20 000 euros par an, que beaucoup d’élèves payent en partie par recours à l’emprunt. A l’ESC Rouen, la direction considère que la moitié des élèves du programme grande école ont recours aux emprunts (le Monde 29 avril 2009).

Ce phénomène ne concerne d’ailleurs pas que les universités. Des chercheurs ont observé que dans les pays sous développés, les écoles de village organisées par des petits maîtres locaux faisant payer leurs élèves étaient généralement plus efficaces pour la formation de jeunes que les riches écoles imposées parfois à ces mêmes villages aux frais des contribuables ou de donateurs occidentaux. En Inde, « les écoles des toits » permettent à des enfants d’apprendre à lire et à écrire pour un prix de 10 dollars par an. Les familles préfèrent ce système à l’école publique et gratuite.

Car non seulement les élèves qui payent sont plus responsables, mais ils attendent aussi de leurs maîtres qu’ils le soient davantage. C’est peut-être pour cela que les enseignants français ne veulent pas d’un enseignement payant.

Dans tous les cas, la justice requiert que ceux qui poursuivent les études qui leur permettront de gagner leur vie mieux que les autres en payent le prix.

Un quota de boursiers

Hélas, comme la mode est à la discrimination positive, et à la méthode des quotas, le ministère envisage d’obliger les Universités à accueillir au moins 25% de boursiers.

Les bourses sont des modes de financement très adaptés au contexte universitaire, elles ont du succès partout dans le monde. Mais elles sont habituellement suspendues à la qualité des étudiants, et à leurs succès dans leurs études, raisons pour lesquelles elles sont surtout accordées à l’issue de la première année d’enseignement supérieur. Ici, c’est la logique interne qui prévaut : il faut d’abord être boursier, puis ensuite entrer dans le cycle universitaire. La vraie raison n’est donc pas la reconnaissance d’un mérite, mais l’appartenance à une catégorie sociale, celle des étudiants dont les familles sont dépourvues de moyens (ou supposées telles, car il y a beaucoup de tricheries, notamment avec les étudiants étrangers).

Le meilleur moyen d’aider les jeunes et les établissements d’enseignement n’est pas de généraliser encore un peu plus le système d’assistance qui prévaut aujourd’hui. C’est l’inverse. Mais la difficulté est sans doute immense pour aller ainsi à l’encontre des habitudes de la corporation enseignante, à la mesure du courage qu’il faudrait pour entreprendre cette réforme et de la ténacité nécessaire pour la réussir.

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