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Quel Trump gouvernera l’Amérique ?
La fièvre du mardi soir

Quel Trump va-t-il gouverner les Etats Unis désormais ? Le conservateur ou le populiste ? Le conservateur ravalerait son discours raciste et xénophobe, réduirait l’Etat Providence et les dépenses publiques, et reviendrait à un véritable fédéralisme. Mais Trump n’est pas Reagan. Le populiste continuerait à creuser les plaies ouvertes de la société américaine, mises au grand jour par la campagne.

Cette nuit du 8 novembre aura été la plus chaude qui soit. Le climat politique mondial se réchauffe depuis plusieurs mois, avec la guerre au Moyen Orient, les succès du totalitarisme islamiste, la guerre tiède contre Poutine, les feux du Brexit. Le pic a été atteint, puisque les Américains ont fait le choix d’un président qui pourrait nous ramener quelques décennies en arrière : le phénix de l’Etat renaissant de ses cendres ou au contraire le retour des Etats Unis aux principes de liberté consignés dans leur Constitution.

Nous sommes tous d’accord pour déplorer les acteurs et le ton de la campagne américaine. Comment le pays de la liberté et de la démocratie, qui a vaincu l’hitlérisme, le soviétisme et le maoïsme, a-t-il pu se donner des candidats et des spectacles aussi médiocres et haïssables ? Mais que pourrait-il se passer maintenant ?

Pour donner une réponse raisonnable (et incertaine), je crois nécessaire de rappeler l’origine du succès de dernière minute de Donald Trump : il est dû au rejet de ce qui se fait à la Maison Blanche et au Congrès. Dans ce rejet, il y a deux composantes, à certains égards incompatibles : populisme et conservatisme.

Le populisme est réaction contre le capitalisme de connivence et l’Etat Providence, qui vont de pair. Le capitalisme de connivence est l’alliance entre classe politique et milieux d’affaire. Dans ce régime bâtard, les apparences sont celles de la libre entreprise et du libre échange. Mais la réalité est toute autre : l’Etat n’a rien perdu de son dirigisme élitiste ni de sa présomption de bâtir la société parfaite où règnerait la justice sociale. Oui, c’est bien Wall Street qui impose la politique de la FED et les taux négatifs, oui ce sont bien les lobbies au service des grandes compagnies qui faussent ou paralysent la concurrence, oui c’est bien la corruption qui permet d’obtenir les marchés publics et d’acheter la complicité syndicale. C’est un fait :Hilary Clinton a été soutenue par les milliardaires.

Mais elle a aussi été soutenue par la population assistée, choyée et subventionnée par l’Etat Providence flamboyant avec Obama. La faillite de l’Obamacare a été décisive. Il est facile d’acheter les voix en distribuant les subsides, les services publics gratuits, la retraite et la santé « pour tous ». Mais il y a deux revers à la médaille : le financement irresponsable conduit aux prélèvements massifs et injustes, et les communautés d’origines diverses s’organisent pour avoir la plus grosse part du gâteau au détriment du contribuable et des artisans de la croissance, de sorte que la nation se décompose en factions à la fois assistées et appauvries. Ainsi Clinton a-t-elle cherché et obtenu le soutien des immigrés latinos, des Noirs, et… des femmes.

Trump n’a pas échappé à cette logique. Il a ciblé une communauté particulière, celle des Américains, de toutes origines, qui se sentent submergés par la population immigrée non assimilée : des millions de personnes qui viennent chercher les dollars pour les expédier à une famille restée en dehors du territoire des Etats Unis. Le « melting pot » américain est un lointain souvenir. Cette situation mène au populisme et au rejet de l’étranger.

Cependant Trump a également obtenu l’adhésion de millions de citoyens attachés à la Constitution et simplement révoltés par les mœurs politiques dominantes, y compris chez les Républicains : électoralisme, compromis, corruption. Il a recueilli les voix des tea parties, de cette société civile qui refuse la dérive totalitaire et jacobine de l’Etat fédéral. L’indépendance des Etats de l’Union, pourtant base de la Constitution, est en grand péril. Washington veut imposer l’uniformité législative dans les domaines de la peine de mort, de l’avortement, du port d’armes, de la protection sociale, du droit du travail. Trump a incarné pour beaucoup d’Américains le rejet du pouvoir fédéral et de l’Etat Providence. En fait les élections ont opposé bénéficiaires et victimes de ce qui se fait à la Maison Blanche et au Congrès (même quand il est Républicain).

Quel Trump va-t-il gouverner les Etats Unis désormais ? Le conservateur ou le populiste ? Le conservateur tairait son discours raciste et xénophobe, réduirait l’Etat Providence et les dépenses publiques, et reviendrait à un véritable fédéralisme. Mais Trump n’est pas Reagan. Le populiste continuerait à creuser les plaies ouvertes de la société américaine, mises au grand jour par la campagne. Les tensions sociales et ethniques s’accroîtraient, et l’insécurité n’est pas propice à l’économie. Le Trump populiste instaurerait l’isolationnisme, tentation permanente dans l’histoire américaine (se rappeler le Congrès rejetant l’adhésion à la SDN voulue par Wilson), qui produirait rapidement ses méfaits sur la croissance avec la fuite des capitaux. La mondialisation serait désormais arbitrée par la zone Pacifique et le leadership chinois. La puissance américaine serait entamée, et la paix mondiale menacée, comme elle l’a été avec Carter qui a remis les clés du Moyen Orient aux ayatollahs –fort heureusement Reagan a permis le « retour de l’Amérique » et terrassé le communisme.

Voici où nous en sommes maintenant : le pouvoir politique, que l’on avait cru remettre à sa juste place depuis quarante ans, va-t-il continuer à envahir la société dans la lignée du mandat Obama, Faudra-t-il payer cette triste évolution d’une décroissance mondiale, voire d’un conflit armé élargi ? Ou bien l’Amérique de Reagan sera-t-elle de retour ? Cela dépendra aussi de la volonté et de l’engagement de tous ceux qui, dans tous les pays, sont attachés à la liberté. Nous devons faire retomber la fièvre de ce mardi soir, en France comme ailleurs.

Jacques Garello
Cet éditorial a été publié dans la Nouvelle Lettre du mardi 9 novembre

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