Institut de Recherches Économiques et Fiscales

IREF Europe - Institut de Recherches Économiques et Fiscales

Pour la liberté économique
et la concurrence fiscale


par ,

Pour inverser la courbe du chômage, il faut accroître la productivité

Encore une fois, les chiffres du chômage ne sont pas bons ; la France métropolitaine compte 26 100 nouveaux demandeurs d’emploi en juillet, une hausse ininterrompue depuis 2012. Le pays recense désormais 3 424 400 chômeurs de catégorie A. Le nouveau gouvernement formé par François Hollande devra donc s’attaquer sérieusement au problème du chômage. À ce titre, le gouvernement rencontrera, dès le 10 septembre, les partenaires sociaux pour dresser un premier bilan du Pacte de responsabilité.
Malheureusement, le retour de la croissance et la reprise des embauches dans le secteur marchand ne sont pas au rendez-vous. Et jusqu’à présent, la politique économique menée par le Président de la République et son gouvernement est un vaste échec : croissance atone, recul des investissements et de la production industrielle, décrochage du PIB par habitant par rapport aux autres pays de l’OCDE. Tandis que la hausse de la fiscalité des entreprises et des ménages et l’augmentation de la dépense publique ont conduit à une baisse simultanée de l’épargne et de la consommation. L’étude de ces variables semble indiquer que l’action du gouvernement a exacerbé les problèmes déjà existants, dont le chômage, plutôt que de les résoudre.

Un déficit de productivité

La conférence économique des banquiers centraux, qui s’est déroulée le 22 août dernier dans le Wyoming aux États-Unis, s’est précisément organisée cette année autour du thème du marché du travail. Dans ses remarques préliminaires, Janet Yellen, la directrice de la banque centrale américaine, revient notamment sur les outils de politique économique nécessaires pour un retour au plein emploi[1]. Pour atteindre ces objectifs de plein emploi, tous les économistes s’accordent sur un point essentiel, trop souvent ignoré dans le débat public : l’importance de la productivité des facteurs de productions. Derrière cette expression aride, se cache un concept important pour tout gouvernement cherchant à renouer avec la croissance et réduire le chômage.

En économie, la productivité se définit par le ratio entre le volume de production et la quantité de facteurs nécessaires à cette production. Elle mesure l’efficacité des facteurs de production (capital et travail) dans le processus de création de valeur. Elle est considérée comme la clef de voûte de la croissance et de la compétitivité d’un pays. Si François Hollande veut inverser la courbe du chômage de façon durable, il devra s’attacher à redresser la productivité du travail et du capital. Car depuis le milieu des années 1990, la baisse de la productivité en France explique l’essentiel du déficit de croissance par rapport aux pays de l’OCDE[2].

Un secteur marchand de plus en plus en retrait

Ce problème est symptomatique d’une France qui refuse de se réformer, laissant le secteur public s’accaparer une grande part de la richesse. Et dans un contexte de faible croissance et d’un manque de dynamisme du marché du travail, la situation ne peut que continuer à se dégrader. Quelques emplois d’avenir n’y changeront rien : il faut remettre le secteur marchand au cœur de la dynamique d’embauche. À l’heure actuelle, le poids de l’État pèse sur le secteur marchand, de plus en plus en retrait.

Après 6 ans de repli en Europe, le secteur marchand se remet à recruter, sauf en France, où le taux d’activité des 15-64 ans reste l’un des plus bas de la zone euro. Ces disparités s’observent surtout aux deux extrémités de la population en âge de travailler. Comme le note Coe-Rexecode : « En ressortant à 37,3%, le taux d’activité des 15-24 ans est inférieur de 3 points à celui de la zone euro et de 13 points à celui de l’Allemagne. A 49,1%, celui des 55-64 ans est inférieur de 5,6 points à celui de la zone euro et de 18,2 points à celui de l’Allemagne »[3]. L’industrie et le secteur de la construction sont les plus touchés par la destruction d’emplois.

Cette situation s’explique en partie par la faiblesse de la productivité comparée aux coûts unitaires du travail. Depuis 2001, ces derniers ont augmenté plus vite que la productivité du travail, affaiblissant du même coup la compétitivité de la France (cf. tableau ci-dessous). La décrue d’un chômage de masse devenu endémique n’est pas pour demain...

Croissance de la productivité et du coût unitaire du travail
(2001-2012, variation annuelle moyenne,%)
Pays/Période 2001-2007 2007-2012 2001-2012
Productivité du travail (prix constants) Coût unitaire du travail Productivité du travail (prix constants) Coût unitaire du travail Productivité du travail (prix constants) Coût unitaire du travail
Allemagne 1.6 -0.5 0.3 2.1 1.0 0.6
Canada 1.0 2.6 0.7 1.9 0.8 2.3
Danemark 1.4 2.4 0.2 2.5 0.9 2.4
Espagne 0.7 3.1 2.0 0.3 1.3 1.8
États-Unis 2.0 1.8 1.5 0.8 1.8 1.3
France 1.5 1.8 0.2 2.1 0.9 2.0
Italie 0.2 2.6 -0.3 2.2 0.0 2.4
Japon 1.6 -2.8 0.8 -0.8 1.3 -1.9
Pays-Bas 1.8 1.6 -0.3 2.3 0.8 1.9
Suède 2.9 0.6 0.4 1.5 1.7 1.0
Royaume-Uni 2.5 1.8 -0.7 2.9 1.0 2.3
Source : OCDE

En réalité, le secteur public et para-public s’est peu à peu substitué à l’entreprise dans la création de valeur. Cela pose principalement deux problèmes : d’une part, les dépenses et la dette publiques continuent de s’accroître à un rythme élevé. D’autre part, la création de valeur ne provient plus de la créativité et l’inventivité des Français, mais est directement liée aux montant des prélèvements obligatoires et /ou à la création de dette.

Cette illusion que l’État puisse relancer l’emploi en s’appuyant sur le secteur public et sans relancer la croissance freine la mise en place des réformes structurelles nécessaires. Aujourd’hui, le moteur principal de la croissance, c’est l’amélioration de la productivité[4], et non la relance budgétaire.

Avec un peu de courage politique, les solutions sont pourtant nombreuses, et l’IREF n’a cessé d’en parler depuis de nombreuses années. Mais la préoccupation principale à laquelle doit répondre le gouvernement est celle de la baisse de l’investissement en France ; une baisse en partie liée à une fiscalité du capital désincitative et imprévisible. Les entreprises doivent à nouveau investir. Différemment, il sera impossible de relancer la productivité et d’inverser la courbe du chômage.

Partager cet article :

Autres lectures ...

La dette publique française en hausse rapide
Une bombe à retardement

L’impôt sur les entreprises : injuste et inefficace


Pôle Emploi : la Cour des Comptes confirme les conclusions de l’Etude de l’IREF

Les dérives du financement de la protection sociale



Un message, un commentaire ?

Afficher le formulaire

Messages (1)

Le déni de réalité !

le 7 septembre 2014, 11:50 par Astérix

Pour inverser la courbe du chômage, il faut surtout réduire à 30 % la totalité des prélèvements sur le secteur privé. il est à ce jour non pas de 57% mais de 80 % si vous tenez compte de toutes les taxes qui s'empilent.

Il faut être bouché comme les socialistes, qui nous gouvernent depuis plus de 30 ans pour ne pas comprendre cette évidence.

Mais pour mettre en place immédiatement ces profondes réformes de structures, il faut du COURAGE, des hommes de valeurs qui pensent à la France et non pas à leur réélection future assortie d'avantages scandaleux.

- Répondre -

 css js

En continuant la navigation sur notre site, vous acceptez l'utilisation des cookies
F E R M E R

Newsletter hebdomadaire
Recevez gratuitement nos publications