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par Jean-Philippe Feldman

Les vœux pathétiques de Nicolas Sarkozy

Pour les citoyens qui suivent depuis des décennies la tradition des vœux présidentiels, ceux de Nicolas Sarkozy, le 31 décembre dernier, n’ont guère surpris. Il est amusant de les comparer aux vœux du début du quinquennat. Chaque impétrant délivre, enjoué, ses premiers vœux aux Français… avant d’adopter cinq ans plus tard un ton grave qui sied aux calamités survenues entre temps. Après Valery Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy s’est plié à l’exercice sans originalité. Analyse de Jean-Philippe Feldman, professeur agrégé et chercheur associé à l’IREF.


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Que retenir des vœux ? Un constat erroné, des remèdes inévitablement impuissants, un programme général tout à fait décalé.

1. Un constat erroné d’abord. On pourrait croire que le président serait à même de présenter la crise actuelle de manière claire et d’en savoir la nature. Mais c’eût été reconnaître sa prime responsabilité dans le désastre. Selon Nicolas Sarkozy, en substance, la crise serait due à des « désordres planétaires » et notamment aux « dérèglements » de la méchante finance internationale. Pas un mot sur les déficits budgétaires, pas un mot sur la dette publique abyssale, pas un mot sur le poids de la fonction publique, pas un mot sur le trou sans fond de la sécurité sociale, pas un mot sur l’hyper-réglementation française ! Le constat, c’est aussi un satisfecit malgré la crise : « la France a tenu », elle a « résisté ». De quelle manière ? « grâce à notre protection sociale », d’une part, et grâce aux réformes entreprises, notamment celle des retraites et les mesures « visant à diminuer les dépenses publiques », d’autre part. Or, c’est la « protection sociale » française qui étouffe les Français ! La « solidarité » dont s’enorgueillit le Président, n’est qu’une prétendue solidarité, une « solidarité légale » qui coûte de plus en plus et couvre de moins en moins. Quant aux prétendues réformes entreprises depuis 2007, aucune n’a été de nature à mettre fin au « modèle social français », à commencer par celle des retraites où il s’est agi, une nouvelle fois, d’un cautère sur une jambe de bois à défaut d’avoir œuvré à la retraite par capitalisation.

2. Le constat étant erroné, les remèdes proposés ne peuvent être qu’impuissants à résoudre le vrai problème. Au-delà des formules creuses (« construire un nouveau modèle de croissance », « réindustrialiser », « changer notre regard sur le chômage »…), le programme présidentiel n’est en aucun cas de nature à réduire les dépenses publiques en 2012, et ce au motif que « ce qui devait être fait a été fait par le Gouvernement ». Cela laisse sans voix. La politique de réduction des dépenses publiques a été une noix creuse. La présidence Sarkozy, il convient de le rappeler, est entrée dans l’histoire comme le recordman des déficits de la République française en temps de paix !

Par ailleurs, Nicolas Sarkozy affirme qu’il y aurait trois sujets essentiels cette année :

a. Le premier serait le chômage, une antienne depuis le milieu des années 1970 où on a « tout essayé » sauf la libéralisation de l’économie.

b. Le second serait le financement de la protection sociale. Ici, le Président concède à demi-mots que le coût du travail est trop élevé, mais que la solution résiderait dans une « TVA sociale », qui est en réalité un instrument protectionniste et absurde qui pèserait en premier sur les plus pauvres en renchérissant les produits étrangers. La méthode est à l’avenant : « écouter les propositions des partenaires sociaux », deux fois cités, ne sert à rien puisque les syndicats de salariés, dopés aux subventions, ne sont guère représentatifs et versent, au-delà d’une rhétorique souvent passéiste, dans le conservatisme le plus éculé.

c. Le troisième serait les « dérèglements de la finance ». Le Président veut sortir son arme de prédilection contre « les méchants financiers internationaux qui sont la cause de tous nos maux » : la taxation. Il y a un mérite que nul de pourra enlever à Nicolas Sarkozy depuis 2007 : une inventivité de tous les instants pour prélever un impôt ou une taxe supplémentaire. Une 31ème imposition (on ne sait plus très bien où on en est après la « taxe poisson ») serait créée : une « taxe sur les transactions financières », autrement dit une nouvelle mouture de la « taxe Tobin » que peu de pays souhaitent en dehors du gouvernement français et que le « prix Nobel d’économie » Tobin ne voulait même pas, confiait-il avant son décès !

3. Le programme général se trouve dévoilé par le Président à la fin de ses vœux. Il avait d’ailleurs été éventé depuis de longues semaines : son devoir serait de nous « protéger ». Ce sera, à n’en pas douter, l’axe essentiel de la campagne électorale. Ce programme n’en est pas moins totalement décalé par rapport à la réalité. C’est un nouveau vin dans de vieilles outres : l’Etat-providence, l’Etat-nounou, l’Etat-peur, on l’appellera comme on le souhaitera. Cet Etat tentaculaire et étouffant, qui est le problème, entend nous « protéger », nous débiles citoyens et individus. Il ne s’agit pourtant pas de protéger les individus, mais de les libérer ; il ne s’agit pas d’étendre la sphère du politique, mais de dépolitiser. Nous n’avons que faire de la protection de l’Etat. Ce que nous voulons, c’est que celui-ci cesse de nous enserrer par des impôts écrasants et des réglementations étouffantes. Mais peut-être s’agit-il d’un vœu… pieux dans notre pays de l’« exception » ?

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