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Les « spin doctors » jouent contre le secret bancaire

Les campagnes de diffamation visant la Suisse s’apparentent à de la manipulation. Elles ont été le fait de « spin doctors ». Dans un article paru à l’AGEFI du 22 février 2010, Pierre Bessard, directeur de recherche à l’IREF, lève le voile sur ces « spin doctors » qui jouent contre le secret bancaire.

Comment mettre en jeu la réputation d’un pays pour lui faire adopter des politiques qui vont à l’encontre de ses intérêts ? Dans la controverse actuelle sur le secret bancaire, les attaques contre la Suisse, parfois d’une virulence déconcertante, s’apparentent de plus en plus clairement à de la manipulation et à de la propagande.

L’hebdomadaire Newsweek a annoncé récemment « la fin de la Suisse » dans un article destructeur signé d’un parlementaire travailliste britannique. Dans la presse allemande, la Suisse a été qualifiée d’« Etat-voyou » (Süddeutsche Zeitung), de « tache noire sur la carte du monde » (Die Zeit) et même d’« ennemi interne de l’Europe » dans un article intitulé « Les Indiens jodlent dans leur forteresse alpine », publié dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Judith Barben, psychologue et auteur d’une enquête plus générale dans les coulisses de la communication politique, observe que cette campagne est l’œuvre de « spin doctors », de spécialistes payés pour infléchir l’opinion par des techniques de manipulation et amener le public à penser d’une certaine manière. Le but est de décourager et de faire plier la résistance politique en Suisse, qu’il s’agisse des autorités ou des citoyens.

La campagne de diffamation contre la Suisse peut être considérée comme une sorte de « soft power » : à la place des armes conventionnelles, c’est un arsenal de stratégies de relations publiques qui est déployé, au moyen de techniques psychologiques contestables.

Outre la diffamation crue, la pression de groupe est une méthode usuelle : les pays qui ne se rallieraient pas à un « consensus » fabriqué sont typiquement menacés d’isolement ou de sanctions. L’OCDE, au nom du G20, a recouru à ce procédé de « naming and shaming » à l’aide de ses diverses listes régulièrement actualisées. Cette méthode est alimentée par un vocabulaire abusif des opposants au secret bancaire, qui fait de la Suisse, l’un des pays les plus intégrés au reste du monde selon tous les indices de mondialisation, un « réduit » ou lui fait miroiter son « isolement », sa « solitude » ou encore son « insularité ».

La pression de groupe sur la base d’un consensus artificiel est également exercée par la diffamation d’un point de vue jusque-là reconnu comme raisonné et éthiquement fondé, souvent partagé par une majorité de citoyens, comme le secret bancaire, en le redéfinissant comme « appartenant au passé », « réactionnaire » ou « obsolète ».

L’assertion selon laquelle « il n’y a pas d’alternative » est un autre moyen courant de désamorcer la résistance à une fuite en avant. Les déclarations de politiciens allemands ou français sur « la mort » du secret bancaire, sur « l’inévitabilité » de l’échange automatique d’informations s’inscrivent dans un tel effort.

Envers les autorités suisses, l’OCDE, la Commission européenne et certains gouvernements exercent une pression plus subtile, qui allie une empathie émotionnelle collégiale et des justifications « rationnelles », leur conférant le sentiment d’agir volontairement. Avec cet instrument, des personnalités, comme les conseillers fédéraux, qui ne peuvent être influencées de façon autoritaire, sont amenées à « coopérer », c’est-à-dire à trahir leur mandat constitutionnel de défense des intérêts suisses.

Pouvoir identifier les techniques de manipulation utilisées aide sans doute à s’en immuniser. Existe-t-il cependant une solution pour désamorcer la manipulation de l’opinion et la propagande ? Judith Barben pense que oui : « Il suffit généralement que quelqu’un ait le courage de dire calmement mais à haute voix qu’il n’est pas d’accord ». L’effet hypnotique du « spin doctoring » se dissipe alors rapidement, chacun se rend compte que l’empereur est nu et la discussion est à nouveau libre et ouverte.

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