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Les nouveaux fabricants de chandelles

Avec le retour de l’Etat assistera-t-on au retour du protectionnisme ? Le monde de demain sera-t-il celui des fabricants des chandelles, immortalisés par un pamphlet de Bastiat écrit en 1845 ?

« Nous subissons l’intolérable concurrence d’un rival étranger placé, à ce qu’il paraît, dans des conditions tellement supérieures aux nôtres, pour la production de la lumière, qu’il en inonde notre marché national à un prix fabuleusement réduit ; car, aussitôt qu’il se montre, notre vente cesse, tous les consommateurs s’adressent à lui, et une branche d’industrie française, dont les ramifications sont innombrables, est tout à coup frappée de la stagnation la plus complète.

Ce rival, qui n’est autre que le soleil, nous fait une guerre (si) acharnée […] Nous demandons qu’il vous plaise de faire une loi qui ordonne la fermeture de toutes fenêtres, lucarnes, abat-jour, contre-vents, volets, rideaux, vasistas, œils-de-bœuf, stores, en un mot, de toutes ouvertures, trous, fentes et fissures par lesquelles la lumière du soleil a coutume de pénétrer dans les maisons, au préjudice des belles industries dont nous nous flattons d’avoir doté le pays, qui ne saurait sans ingratitude nous abandonner aujourd’hui à une lutte si inégale. […] Et d’abord, si vous fermez, autant que possible tout accès à la lumière naturelle, si vous créez ainsi le besoin de lumière artificielle, quelle est en France l’industrie qui, de proche en proche, ne sera pas encouragée ? »

Ce texte écrit par Frédéric Bastiat en 1845 et intitulé La Pétition des fabricants de chandelles est d’une actualité saisissante. Va-t-on assister à la fermeture de toutes les frontières pour, soi-disant, combattre la crise ? De la part des politiques et de certaines corporations, on peut s’attendre à tout.

Les esprits s’échauffent

Le spectre du nationalisme hante les esprits des intellectuels comme du peuple. Des économistes comme Joseph Stiglitz ou des sociologues comme Emmanuel Todd qui sont malheureusement écoutés par les dirigeants politiques (Stiglitz est à la tête d’une Mission de réflexion sur le changement des instruments de mesure de la croissance française) ne cessent de demander la mise en place des mesures protectionnistes car, d’après eux, c’est bien la mondialisation qui serait la cause de la crise économique.

Aux Etats-Unis, les appels du genre « Buy America » sont encouragés par les élus démocrates et « soutenus » par les syndicats et les lobbies du textile et de l’acier. En Grande-Bretagne et en Irlande, les ouvriers manifestent contre le trop grand nombre d’embauches d’étrangers : « des emplois britanniques pour les ouvriers britanniques ». Chez Total à Lindsey, les ouvriers ont fait grève contre l’embauche d’étrangers et la direction a dû céder (réservant 50% des emplois aux Anglais), et renvoyant chez eux 40 Portugais qu’on avait fait venir pour cela, car la grève avait fait tache d’huile. Bruxelles a protesté, rappelant que « la libre circulation des personnes fait partie de la solution et non pas du problème ». Réflexe identique en Espagne contre les ouvriers venus du sud de la Méditerranée. Les Suisses eux-mêmes n’ont approuvé qu’à 60% le renouvellement de l’accord de libre circulation des personnes avec l’Europe. Et que dire enfin du sondage indiquant que 78% des patrons de PME allemands souhaitent des mesures ? Une exception est pourtant notable : les Suédois ont refusé toute mesure de soutien de SAAB, leur producteur de voituresprotectionnistes.

Le commerce mondial déjà ébranlé

Le protectionnisme n’habite pas seulement les esprits, il s’inscrit aussi dans les faits.

D’après la Banque Mondiale, les échanges mondiaux vont baisser en 2009 pour la première depuis 27 ans ! La baisse sera de 2,1 %. Plusieurs pays à travers le monde ont annoncé des mesures pour « protéger » leurs économies. L’Equateur a augmenté les taxes sur l’importation de viande de 25 à 85,5 %, l’Inde a augmenté les taxes sur l’acier, le fer et le soja tandis que la Russie – qui n’est pas membre de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) – a doublé les taxes sur les voitures importés. Le Mexique ne cesse de bloquer pour des raisons bureaucratiques obscures la viande importée depuis les Etats-Unis

Selon une étude de l’OMC, 16 Etats ont lancé 85 procédures protectionnistes durant les 6 premiers mois de 2008 pour lutter, officiellement, contre le dumping commercial. Pour toute l’année 2007, le nombre total des procédures a été de « seulement » 61.

Aux Etats-Unis, le commerce semble aussi en perte de vitesse. En novembre dernier, on a enregistré une baisse de 18 % dans les échanges par rapport à novembre 2007 (de 397 à 326 Mds de dollars) ; en Allemagne, les exportations ont baisse de 11,8 % sur la même période tandis que pour ce qui est de la Chine, les exportations ont baissé de 2,8 % et les importations de 21,3 %.

Pourtant, en novembre dernier, les pays membres du G20 se sont engagés à « ne plus élever la moindre barrière commerciale dans les 12 prochains mois » et à favoriser la relance du commerce. Cet engagement sera-t-il à nouveau pris en avril prochain lors de la nouvelle réunion du G20 ? Le président OBAMA est heureusement revenu sur les propos qu’il avait tenus pendant la campagne, promettant une suspension ou une révision de l’ALENA (Accord de libre échange nord-américain –NAFTA en anglais)

La politique qui s’imposerait aujourd’hui serait de supprimer les dernières barrières douanières et de laisser le libre-échange se refaire une santé tout seul. En tout cas, c’est ce que souhaite Vaclav Klaus, le président tchèque qui assure aussi la présidence de l’Europe. Dans son discours devant le Parlement européen du 19 février dernier, il s’est clairement prononcé pour l’élimination des barrières inutiles et contre-productives pour la liberté humaine et la prospérité concernant la circulation des personnes, biens et services, idées, philosophies politiques, schémas culturels et modèles de comportement qui se sont constitués au cours de l’évolution historique ». Sinon, dans le monde de demain on ne fabriquera que des chandelles…

(d’après Jean Yves NAUDET, La Nouvelle Lettre, 21 février 2009)

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