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Les bulles spéculatives deviennent des bulles politiques
Par Gordon Kerr et Kevin Dowd, avec Enrico Colombatto

Lors de la première phase de l’actuelle crise financière, la plupart des responsables politiques et des experts ont déclaré que les banques devaient être sauvées à n’importe quel prix. La crise a entraîné des changements de pouvoir dans au moins 10 des 17 pays de la zone euro (Grèce, Irlande, Italie, Portugal, Espagne, Slovénie, Slovaquie, Pays-Bas, France, Chypre). Quasiment tous les gouvernements sont à présent des coalitions.

Des leaders à la recherche d’une boussole

Tout comme la rupture des votes montre une certaine confusion, le pouvoir de décision des coalitions est de plus en plus faible car elles cherchent une politique à laquelle se raccrocher ou espèrent trouver des moyens pour ne pas être la prochaine Chypre.

A travers ce déclin de la confiance des gouvernements, l’interprétation officielle a consisté à croire qu’une politique monétaire expansionniste combinée avec des renflouements de banques et la supposée (mais encore discutée) future union bancaire permettra aux nations de l’UE de renouer avec la croissance et de contrôler les dettes nationales.

Ces espoirs ont été déçus. En fait, les preuves de l’absence de croissance s’accumulent chaque mois par des chiffres du chômage qui ne cessent de croître et ont augmenté de 0.1% à 12,1% en mai.

Les derniers pays en date à avoir connus ce manque de direction politique sont la Bulgarie et le Portugal. Le précédent gouvernement bulgare a chuté en avril car il était soupçonné d’entretenir d’étroites relations avec des monopoles étrangers. Les élections qui s’en sont suivies ont mis en avant une coalition menée par le parti de centre gauche de Plamen Oresharski. Mais il est à son tour soupçonné de corruption. Le Président bulgare, Rosen Plevneliev, a laissé entendre, le 6 juillet, que de prochaines élections pourraient être organisées pour apaiser les manifestations quotidiennes à Sofia.

Le chef d’Etat de la Bulgarie a du faire des heures supplémentaires, mais le Portugal n’est pas en reste. Nous avons récemment parlé de plusieurs pays qui veulent éviter l’austérité en menant des réformes structurelles. Début juillet, la politique d’austérité est devenue si discréditée que le ministre des affaires étrangères portugais était heureux de démissionner le 2 juillet précisément parce que le ministre des finances – Maria Luis Albuquerque – soutenait l’austérité conformément aux termes du programme de renflouement qui avait été accepté. Le Président Anibal Cavaco Silva semble avoir maintenu la coalition en vie grâce au soutien de la BCE. Mais personne ne sait combien de temps ce soutien durera. C’est ironique, mais en un mot, Lisbonne est devenue vulnérable parce qu’elle est officiellement « aidée » (c’est l’objectif du programme de renflouement) et, en conséquence, elle ne peut pas profiter du potentiel des opérations monétaires sur titres (OMT, achat de titres souverains).

En conséquence, la crainte de voir l’actuelle coalition gouvernementale exploser a fait augmenter les rendements sur les obligations à dix ans de 5,67% (mai 2013) à 8%. Le rendement aurait certainement continuer à grimper sans l’intervention de la BCE qui a annoncé qu’elle achèterait des obligations si nécessaire.

Les efforts du Président Silva de conserver la coalition sont essentiels puisqu’un leadership stable est nécessaire afin d’honorer ce qui est convenu en échange du renflouement. Néanmoins, cette actualité est ambigue. Le Portugal aura besoin d’un second renflouement pour éviter le défaut de paiement et ce second renflouement posera d’autres questions. Par exemple, on peut douter de la crédibilité des institutions européennes qui ont mis en place le renflouement de 2011 (78 milliards d’euros). En outre, nous serons submergés par de nouvelles discussions sur la capacité du Portugal à refaire surface au sein de l’euro et s’il ne serait pas mieux qu’il retourne à sa propre monnaie après un possible défaut de paiement.

Les institutions à la recherche de crédibilité

Une autre institution rencontre des problèmes de crédibilité ; la Banque d’Angleterre. Elle est dans l’actualité car, le 1er juillet, Mark Carney a remplacé Mervyn King en tant que gouverneur. King était de plus en plus considéré comme excentrique et sans remords. Ses aphorimes tels que celui de 2010 « De toutes les manières d’organiser les banques, celle que nous avons aujourd’hui est la pire », suggéraient que ce régulateur n’acceptait pas la responsabilité de ses actions. Des directeurs plus respectés tels que Andy Haldane, étaient très inquiets. Lors d’une audition le 11 juin devant une commission d’examen du Parlement, Haldane a fait les titres des journaux britanniques en déclarant que la bulle des obligations d’Etat était maintenant la plus grande menance pour la stabilité des finances du Royaume-Uni. Cette déclaration a été suivie par la reconnaissance que nous (les banques centrales) « avons créé de manière intentionnelle la plus grande bulle d’obligations de l’Histoire ».

Quelle différence Carney peut-il faire ? Le ministre ds finances Osborne est optimiste, le décrivant fréquemment comme « le plus grand banquier central de sa génération ». Nous verrons.

Les marchés à la recherche d’une politique monétaire cohérente

Le calme relatif des marchés jusqu’en avril dernier était interprété comme la réussite des politiques coordonnées des banques centrales. Les investisseurs savaient qu’avec la Fed achetant 85 millions d’euros d’avoirs par mois (répartis en obligations pour une moitié et en titres hypothécaires pour l’autre moitié), et avec la BCE menaçant d’utiliser une puissance de feu « illimitée » sous la forme d’OMT et d’achat d’obligations, maintenir des positions courtes pouvaient être à la fois risqué et coûter cher.

Rétrospectivement, il semble bien que le calme des marchés de septembre à avril ne reflétait peut-être pas une confiance dans les solutions politiques consensuelles, mais plutôt une crainte de parier contre les banques centrales. En d’autres termes, on croyait réellement à la Fed que leur politique fonctionneraient et que bientôt les taux d’intérêt pourraient être normalisés. Les investisseurs américains sont malgré tout devenus méfiants et observent maintenant le rendement des obligations d’Etat à 10 ans - 1,61% en avril, 2,61% début juillet – comme une preuve de normalisation. Quant aux Européens, ils attendent de voir la fin de l’histoire américaine, mais ne semble pas avoir leur propre histoire. D’où la volatilité de ces dernières semaines qui risque d’ailleurs d’augmenter si la pression inflationiste augmente et génère de nouveaux maux de crânes pour les banquiers centraux.

Sans surprise, les investisseurs s’agitent lors qu’un problème apparaît dans le consensus coordonné des politiques de Bernanke, Carney, Draghi et des autres. Le Portugal est un bon exemple et il a aveuglé de nombreux opérateurs : alors que la Fed venait d’encourager la discussion sur la réduction des liquidités, la BCE a du accroître ses pouvoirs d’apport en liquidité et a du s’engager à nouveau sur des bas taux d’intérêt dans un futur proche afin d’éviter les problèmes immédiats.

Le problème bancaire, qui semble particulièrement pénible en Europe, s’ajoute à des tensions qui couvent et doit être observé de près. Ce n’est pas seulement un problème de leadership et de vision. Il se rapproche de plus en plus d’une question de fraude et de collusion. Le 23 juin, les enregistrements des conversations entre des managers de l’Anglo Irish Bank sur la manière dont la banque centrale a été trompée lors du renflouement de la banque en 2008 ont été rendus public. Lorsque la crise est survenue, un chiffre de 7 milliards a tout d’abord été présenté à la banque centrale comme suffisant. Les enregistrements révèlent cependant que ce chiffre a été produit de manière peu sincère : assez petit pour persuader la banque centrale de mettre en place la stratégie de secours alors que les managers savaient que ce montant était lon d’être suffisant. Les contribuables irlandais ont été furieux de savoir par ces enregistrements que, lorsqu’il était questionné sur le calcul de ces 7 milliards d’euros, le chef des services bancaires aux particuliers s’est vanté de l’avoir improvisé en dernière minute.

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