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La faible reprise transforme la politique monétaire en jeu de hasard

La croissance européenne bégayant et la crainte d’une déflation mettant la BCE sous pression, devraient pousser à adopter une politique monétaire plus souple.

Janvier a commencé avec une série d’histoires optimistes. Par exemple, le ratio déficit public/PIB pour l’ensemble de zone euro (ZE17) a diminué de 3,3 % à 3,1 % entre les deuxième et - troisième trimestres 2013. Dans la même veine, la reprise américaine s’étant consolidée, - on s’attendait à ce que l’année 2014 soit une nouvelle bonne année pour les marchés financiers.

Ce qui n’empêche pas d’autres données publiées d’être moins encourageantes. Le commerce de détail (ZE17) a diminué de 1 % dans l’année au mois de décembre, les prix à la production industrielle ont baissé de 0,8 % dans la même période et le taux de 12% de chômeurs est resté inchangé- du mois d’octobre au mois de décembre. En outre, les prévisions d’Eurostat concernant le taux d’inflation en 2014 se situaient en janvier sur une baisse de 0,7 %, contre 0,8 % en décembre. Serait-ce une menace de déflation ?
Ce spectre de la déflation est la plus grande crainte des responsables politiques. En effet, si la menace de baisse des prix devait se préciser, la confiance dans la politique monétaire centralisée en serait ébranlée, et les divergences entre gouvernements nationaux de la ZE17 commenceraient à se faire sentir.
Les autorités allemandes quant à elles s’interrogent toujours sur la légitimité des Outright Monetary Transactions, c’est à dire les achats de la dette souveraine des pays en difficulté-. La Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe a refusé en effet de se prononcer sur cette question et a transmis le dossier à la Cour européenne de Justice. Cela a apporté aux autorités de l’UE et de la BCE un peu de marge de manœuvres, mais cela bloque en revanche le recours aux OMT, alors que le tribunal n’a pas statué.

La dégressivité : est-ce trop tard ou trop tôt ?

Le grand débat, qui concerne les banques centrales, tourne autour de la décision de la FED de diminuer progressivement les "facilités monétaires" qu’elle accordait. Le contexte américain justifie-t-il une telle révision de la politique monétaire ? La croissance américaine est-elle assez solide pour tenir le choc ?

L’annonce à la mi-décembre du ralentissement de "l’aisance" monétaire (quantitative easing) est passée plutôt en douceur, ce qui a encouragé la FED à programmer en janvier une deuxième réduction de 10 Mds de dollars pour son programme d’achat d’actifs.

Le point de vue officiel reste que la reprise américaine est à "vitesse d’échappement". Toutefois, les données citées à l’appui de cette assertion, la baisse du chômage et la croissance du PIB de plus de 3% par an, ne sont pas très convaincantes. Comme pour le PIB, la qualité de la croissance a été faible. Pour une grande part, elle n’a pas été due à l’investissement des entreprises ou aux revenus des ménages, mais à l’accumulation des stocks. Cela paraît évident si l’on regarde les données sur les « ventes finales réelles du produit intérieur », (en d’autres termes il s’agit du PIB moins les stocks), publiées par la Banque de réserve fédérale de St Louis. D’une année sur l’autre, les États-Unis ont augmenté la croissance de leur PIB de moins de 2% en 2013, ce qui implique qu’une grande partie du redressement de ces chiffres de 2013 aux États-Unis n’est que le résultat d’une accumulation de- stocks. Les nouvelles du début février sur la forte baisse des commandes d’usines ont fait l’objet d’autres commentaires sur ce problème.

En outre, le taux d’activité de la population est à un niveau historiquement bas, il n’est maintenant que de 62,8% : un chiffre très faible, qui n’avait pas été atteint depuis la dépression de 1978. Cela explique peut-être que le taux de chômage officiel soit tombé en janvier de 7% à 6,7%, d’autant plus que la main d’oeuvre civile est passé de 155,3 à 154,9 millions.
En ce qui concerne le Royaume Uni, autre vedette de la dite reprise, non seulement les commentateurs, mais aussi le dirigeant de la Banque centrale du Royaume-Uni ont fait part de leurs préoccupations à propos du redressement du Royaume-Uni. Le 12 février, le gouverneur de la Banque centrale britannique a renoncé à établir un lien entre la fixation des taux d’intérêt et le chômage, et a affirmé que la reprise du Royaume-Uni n’était ni "équilibrée", ni "durable".

La réglementation bancaire

Le nouveau régime du taux de levier financier : peut-on faire confiance à l’expertise des décideurs de la règle mondiale ?

Depuis cinq ans, le Comité de Bâle a vigoureusement défendu son premier cadre réglementaire sur le contrôle bancaire - les règles d’adéquation du capital – alors qu’il se trouve des preuves manifestes de leur faiblesse. Le Comité a fait valoir que les banques doivent avoir plus de capital, que certaines lacunes d’arbitrage, telle l’inscription d’actifs hors bilan des sociétés, doivent être comblées et que les modèles de risque doivent être plus rigoureux.

Au fil des années, certains banquiers centraux soutiennent de plus en plus l’opinion selon laquelle les règles de fonds propres simplement ne fonctionnent pas. Dans un langage poli, on les dit "trop complexes". Ces officiels ont demandé une nouvelle règle qui mesure le simple effet de levier. En janvier, le nouveau Leverage Ratio Framework (schéma du taux de levier financier) a été rendu public.

Bien que de nombreux médias aient pointé les différences entre la version originale du schéma utilisée pour la consultation générale et le texte final, peu de spécialistes semblent avoir remarqué que la publication de janvier commençait par cet aveu que le système de la règle d’adéquation du capital avait complètement échoué. La justification donnée par le Comité à propos du nouveau schéma était en effet la suivante- :

Une cause sous-jacente de la crise financière mondiale était l’accumulation excessive dans et hors-bilan d’effets de levier. Dans de nombreux cas, les banques accumulent un levier excessif alors qu’elles maintiennent apparemment de forts taux de capitaux basés sur le risque.

Cet aveu ne doit pas être pris à la légère. Il signifie en effet qu’une banque peut avoir fière allure selon les règles de l’adéquation des fonds propres, mais être en fait - désespérément surendettée. Dans cette perspective, la formulation du schéma des règles de levier faite en janvier est d’une importance exceptionnelle. Devrions-nous faire maintenant davantage confiance au Comité, qui, en tirant des leçons, aurait produit un nouveau schéma cohérent et réalisable ?

Pour en revenir à la consultation, les grands médias ont présenté- les différences relevées entre la version finale et le schéma sur lequel a eu lieu la consultation de juin 2013, comme une victoire pour le lobby bancaire. Il y a cinq changements d’importance :

> 1. Les banques n’ont pas besoin de doubler leurs comptes de titres en garantie dans le cadre des opérations de financement des valeurs mobilières : l’emprunt et le prêt de titres.

> 2. Concernant l’engagement des banques à prêter et à garantir, la proposition précédente suggérait que le montant total de l’engagement soit ajouté selon l’exposition au risque. En janvier, une série de critères avaient été définis en fonction de la longueur et de la nature de l’engagement.

> 3. Les garanties en espèces reçues dans le cadre de l’exposition de produits dérivés peuvent être utilisées pour réduire la mesure de l’exposition.

> 4. Les banques agissent parfois comme des agents pour leurs clients qui encaissent des produits dérivés par les banques centrales. Dans ce contexte, les amendements de janvier éliminent le double comptage potentiel.

> 5. L’exposition en ce qui concerne les produits dérivés doit être calculée comme s’ils étaient des prêts ou des obligations. Toutefois, selon les amendements de janvier, l’exposition peut être réduite par l’achat d’un dérivé de crédit compensatoire.

Dans l’ensemble, ces « concessions » ne devraient pas vraiment être présentées comme une victoire importante pour les banques. Les points 1, 3 et 4 représentent essentiellement des corrections de règles, mal rédigées à l’origine. Le point 2 se définit comme une tentative de - distinction entre les instruments de financement du commerce, tels que des lettres de crédit, qui sont indispensables, et des lignes de liquidité soutenant des éléments hors bilan, qui le sont moins. Autrement dit, la plupart des amendements sont basés sur le bon sens.

Il est dommage que l’occasion manquée la plus importante de la commission concerne le traitement des produits dérivés de crédit. Selon les dispositions du Leverage Ratio, une couverture compensatoire est maintenant considérée comme équivalente à une forme d’assurance, et supprime son exposition. Pourtant, l’achat de protection compensatrice n’élimine pas le risque, car la corrélation entre la probabilité de défaut de paiement de l’assureur et le défaut de paiement de l’actif de référence sous-jacent est élevée. Comme le confirme l’histoire récente, il y avait une corrélation parfaite entre le risque de défaut de paiement d’AIG (l’assureur) et celle des subprimes (les produits dérivés assurés).

Un autre sujet de préoccupation, comme il est indiqué dans notre bulletin du mois dernier, est que le marché hypothécaire et les autres pratiques de soi-disant « transformation de garantie » n’ont pas été suffisamment compris, ou pris en compte, et occasionneront probablement à l’avenir une fragilité du système financier.

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Messages (1)

Comment sortir la France de ce guépier !

le 25 février 2014, 14:18 par Astérix

Le fait de faire tourner au maximum la planche à billets est une totale imbécilité (QE illimités pour les USA, le Japon, l'europe) car cette folie conduira le monde entier vers l'abîme.

Concernant la France, il ne sera pas possible de redresser le Pays sauf à INSCRIRE IMMEDIATEMENT DANS LA CONSTITUTION, LES MESURES SUIVANTES :

> La liberté totale d’entreprendre

> L’interdiction de tout déficit des finances publiques et des caisses sociales, retraites.. etc…

> La suppression de toutes les contraintes administratives paralysantes par la refonte totale et la simplification de tous les "codes" actuels, de manière à les réduire de 80% ( liberté totale de recruter et de licencier, autorisation de travailler le dimanche ...etc...)

> La réduction massive des dépenses publiques à hauteur de 300 milliards par an ; elles sont actuellement à plus de 57 % du PIB en théorie, elle sont, en réalité, bien au delà.

> Baisse de 70 % du nombre de fonctionnaires ; près de 7 millions à ce jour contre 500 000 sous de Gaulle. La fonction publique désormais réservée uniquement aux fonctions régaliennes de l’état

> L’interdiction pour tout gouvernement de prélever plus de 30 % de la richesse créée par le secteur privé (impôts directs et indirects, taxes sur les carburants, etc…) avec contrôle par des gestionnaires du privé indépendants. En cas de non respect, le Président de la République et le gouvernement sont destitués sans appel et de plein droit

> Bouclier fiscal plafonné à 30 % concernant uniquement les personnes à faibles revenus

> Suppression de toutes les subventions aux entreprises, aux associations, aux agences étatiques

> Mise en place d’un régime unique de retraite pour tous. Suppression de tous les régimes spéciaux. Alignement du public sur celui du privé.

> L’impérieuse nécessité de maîtriser nos décisions nationales, dans un ensemble mondial, et la possibilité de refuser à tout moment le dicktat de Bruxelles sur le plan administratif, judiciaire et monétaire, ou de tout autre état

> La refonte totale de la justice (développement de la médiation INDÉPENDANTE et NON SALARIÉE et de l’arbitrage INDÉPENDANT pour tout ce qui à trait aux litiges économiques et financiers)

Ainsi quel que soit le gouvernement en place, il serait contraint d'appliquer ces mesures.

Dans la négative, la France continuera à "tourner en rond".. Jusqu'à la faillite finale.

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