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par Lucas Léger

LIBOR : la transparence du marché interbancaire en cause

Le Libor est un indice des taux d’intérêts pratiqués par différentes banques qui empruntent à d’autres banques des devises. C’est un des signaux les plus observés des transactions financières. Et si le signal était déréglé ?


Les banquiers viennent de donner une raison supplémentaire aux autorités de supervision et de régulation de renforcer leur contrôle des marchés financiers. Alors même que les banques peinent à retrouver la confiance du public, le récent scandale autour du LIBOR ne fait qu’accentuer la colère à propos de la « finance dérégulée ».

Le LIBOR (London InterBank Offered Rate) est un indice de taux d’intérêts calculé quotidiennement. Il correspond à un taux d’emprunt de référence auquel les banques déclarent pouvoir rémunérer des prêts sans garantie libellés en devises (10 au total) de différentes maturités (1 jour à 1 an). Chaque jour, un panel de 16 banques (pour le LIBOR en dollar par exemple) transmet à la British Bankers’ Association le taux auquel elles empruntent aux autres banques dans cette devise. Une moyenne est calculée en supprimant les 25% des réponses les plus extrêmes.

Ce taux sert ensuite de référence pour une multitude d’instruments financiers, allant du simple prêt auto aux produits dérivés les plus complexes. Au total, The Economist évalue que ces taux LIBOR servent de référence à un nombre considérable de transactions totalisant une valeur de 800 000 milliards de dollars (plus de 50 fois le PIB des Etats Unis). Imaginez que les taux soient manipulés et ce sont les prix de tous ces produits qui sont faussés. Influencer un taux d’intérêt dans un sens ou un autre permet aux traders d’anticiper les variations de leurs positions sur les marchés.

Le rapport de l’autorité britannique des marchés financiers (FSA) laisse peu de doute quant à la volonté de certains traders, notamment chez Barclays, de manipuler les taux. La lecture des échanges d’emails nous laisse dans une sorte d’incrédulité. L’un d’eux promet par exemple « d’ouvrir une bouteille de Bollinger » si le taux soumis par sa banque va dans le sens qui l’arrange le mieux. Et ce petit jeu dure depuis au moins 7 ans !

Un point que semblent oublier les médias, trop attachés à dénoncer la cupidité des banquiers, doit cependant être soulevé. Pour qu’il y ait manipulation effective d’un taux, il faut qu’il y ait convergence d’intérêts et entente entre plusieurs banques. Autrement, les taux soumis aux autorités risquent de ne pas être pris en compte. Ce fut le cas pour Barclays entre septembre et décembre 2008, qui soumettait en moyenne des taux supérieurs à ceux des autres banques et qui par conséquent n’étaient pas intégrés dans le calcul du LIBOR. De janvier 2007 à décembre 2009, plus de 60% des soumissions de Barclays tombaient dans le quartile supérieur pour le LIBOR à 3 mois en dollars. Difficile d’influencer quoi que ce soit dans ce cas. Ces taux indiquaient même les difficultés rencontrées par Barclays à se financer sur cette période. Au même moment, les taux estimés de RBS se trouvaient dans le quartile inférieur dans près de 40% des cas et semblaient indiquer sa relative bonne santé. La banque a été nationalisée par la suite, ce ne fut pas le cas pour Barclays. Aujourd’hui Barclays a accumulé les erreurs au point que son président a été contraint à la démission.

L’affaire du LIBOR pose deux questions de principe :

1° Les transactions financières entre banques doivent-elles être réglementées ? Après tout, les informations sur la situation d’un marché méritent toujours d’être vérifiées par ceux qu’elles concernent. Comme la transparence totale n’existe pas plus ici qu’ailleurs, les opérateurs ne doivent pas oublier la vigilance, et les fausses informations trouvent tôt ou tard leurs limites et leur sanction ;

2° Si contrôle de l’information il doit y avoir, qui contrôle le contrôleur ? La preuve est faite, ici comme ailleurs, que les organismes publics ne sont pas très attentifs ni sévères.

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