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par Nicolas Lecaussin

L’Etat et les banques françaises

Cet article écrit par Nicolas Lecaussin et intitulé "What’s the matter with the French Banks ?" a été publié (13 septembre) par le quotidien The Wall Street Journal dans ses deux éditions, américaine et européenne.


« Nous ne pouvons plus emprunter des dollars. Les fonds monétaires américains ne nous en prêtent plus », me dit A.M., cadre dans une très grande banque française. « Comme nous n’avons plus accès aux dollars, nous sommes en train de créer un marché en euros. C’est une grande première… Espérons que ça va marcher, sinon, la spirale sera infernale. On ne se fera plus confiance du tout et on se prêtera plus entre nous ». AM se veut rassurant mais les signes sont là. Il y a déjà eu les « rumeurs » sur la France et la Société générale début août. D’abord la rumeur sur la dégradation de la note souveraine de la France, démentie par les trois agences. Deuxièmement, le plan d’aide à la Grèce pourrait être étendu aux obligations à échéance 2024, ce qui alourdirait les pertes des banques françaises et de la Société générale en particulier (...) Enfin, et c’est la pire de toute, il se préparerait un plan de sauvetage de la Société générale avec une nationalisation de la banque, une rumeur également démentie par la banque. A cause des rumeurs, le titre de la banque a perdu jusqu’à 22.5 % de sa valeur. Début septembre, c’est la BNP qui publie un communiqué – uniquement en anglais, ce qui est très inhabituel – expliquant qu’elle dispose de liquidités en dollars en abondance et qu’elle n’a rien à craindre à ce sujet, sous entendu, contrairement à d’autres banques… Rumeurs ? « Il y a une part de vérité dans toutes ces rumeurs, continue AM. La Société Générale, la BNP et le Crédit Agricole détiennent 57 Milliards de dollars de dette souveraine grecque et d’entreprises contre 34 Milliards pour les banques allemandes et 14 Milliards seulement pour les banques britanniques ! Et il y a aussi l’Espagne. Aujourd’hui, 10 % des ménages espagnols ne paient plus leurs crédits. Qui remboursera les banques ? Si les pays font faillite et sont abandonnés, les systèmes bancaires espagnol et français s’écroulent ». A.M. a du mal à cacher son inquiétude. « Regardez les dette des banques françaises par rapport aux banques américaines. Le total des dettes des trois big banks des Etats-Unis (Bank of America, JP Morgan, Citigroup) est de 5 860 milliards de dollars soit 39 % du PIB alors que les dettes de nos trois grandes banques (BNP, Crédit Agricole et Société générale) est au total de 4 700 Mds d’euros, soit 2.5 le PIB de la France. » (chiffres donnés par le professeur Jean-Pierre Chevallier)

Maintenant, quand la situation est catastrophique, on parle de la nationalisation des banques françaises. Mais se souvient-on de la catastrophe des interventions de l’Etat dans le système bancaire ? Il faudrait rappeler a période où les banques françaises étaient détenues par…l’Etat en commençant par la plus célèbre d’entre elles, le Crédit Lyonnais. Le 7 juillet 2008, un tribunal arbitral a condamné le Consortium de réalisation (CDR) – organisme chargé de gérer le passif du Crédit Lyonnais – à verser 240 millions d’euros aux liquidateurs du groupe Bernard Tapie. A quoi se sont ajoutés 105 millions d’intérêts et 45 millions de préjudice moral, donc un total de 395 millions d’euros. Dans l’affaire du Crédit Lyonnais, le contribuable est obligé de payer pour les turpitudes de l’Etat. En réalité, ce n’est pas une affaire mais des affaires qui ont explosé entre 1982 et 1999 lorsque la banque appartenait à l’Etat : l’affaire Metro Goldwin Mayer (MGM), Sasea, Executive Life, etc… Au total, les Français auront déboursé plus de 15 Milliards ds d’euros afin de payer pour la gestion catastrophique et affairiste du Crédit Lyonnais durant toutes ces années.

En plus du désastre du Crédit Lyonnais, il y a eu aussi celui du Crédit Foncier (2 Mds d’euros de pertes) et de l’Agence Française de Développement. Le secteur bancaire par exemple, nationalisé au début des années 1980 se trouvait au début des années 1990 en situation de quasi-faillite. La valeur ajoutée du secteur avait reculé de presque 50 % alors que dans les autres pays comme la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis, elle avait augmenté de 39 et, respectivement, 50 %. Parmi ces échecs : la banque Hervet qui enregistre les premières pertes de son histoire après sa nationalisation en 1982 ; la BIAO (Banque Internationale pour l’Afrique de l’Ouest) est au bord de la faillite en 1988 lorsqu’elle est reprise par la BNP ; la SDBO (Société de banque occidentale), filiale du Crédit Lyonnais, connue pour les prêts accordés à la famille Tapie et qui représentaient deux fois et demie les fonds propres de la Banque ! ; le CCF (Crédit commercial de France) se situant en quasi-faillite en 1987 après des prêts insensés accordés au Brésil ; Le Comptoir des entrepreneurs et les achats immobiliers suivis d’une surévaluation frauduleuse de la part d’une institution financière dotée d’une mission de service public ; le blanchiment d’argent de la Société marseillaise de Crédit, etc…

La privatisation de ces banques et le désengagement de l’Etat n’ont pas changé radicalement la composition de leurs conseils d’administration. Ils sont toujours dominés par des anciens élèves de l’ENA (Ecole Nationale d’administration), des hauts fonctionnaires qui ont travaillé au ministère des Finances. Le pantouflage, c’est l’une des particularités françaises. Or, une étude réalisée par l’Institut de gestion de La Rochelle démontre que les banques administrées par les énarques sont plus endettées que les autres. C’est le cas de la BNP et de la Société Générale dirigées par deux énarques, anciens hauts fonctionnaires. Rumeurs ou non, les banques françaises ont encore une relation étroite avec l’Etat. L’une des premières choses à faire c’est qu’elle s’en débarrassent.

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