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Impôts : on les augmente en France, ailleurs on les baisse

L’article de Nicolas Lecaussin, "Impôts : on les augmente en France, ailleurs on les baisse", a été publié par le quotidien Les Echos dans son édition du 23/04. Lire l’article sur le site des Echos.

Les hommes politiques n’ont pas tous les mêmes connaissances économiques, ils vont de l’expertise d’un Ludwig Ehrard à l’ignorance d’un François Mitterrand.

En France, la campagne électorale démontre le faible niveau du savoir des candidats. Tous sont d’accord pour augmenter les impôts : ils pensent que c’est le moyen d’accroître les recettes du budget et de réduire les déficits. Evidemment, pour être populaire, voire populiste, les impôts vont frapper par priorité les riches, les grandes entreprises, les financiers, ou bien les fournisseurs d’Internet...

Dans d’autres, sept pays, les hommes politiques et les partis font des propositions différentes, parce qu’ils se sont rendu compte que la hausse des impôts, loin d’augmenter les recettes, ne manque pas de les diminuer.

C’est bien le cas en Grande-Bretagne où le Premier ministre David Cameron a annoncé la baisse du taux marginal sur la plus haute tranche de revenus (plus de 150.000 livres par an) de 50 à 45 % et la baisse du taux maximal (bouclier fiscal) de l’imposition de 45 à 40 %. En même temps, George Osborne, le chancelier de l’Echiquier, confirme une diminution de l’impôt sur les sociétés de 26 à 22 % d’ici à 2014. Ces réductions d’impôts seront compensées par la baisse des prestations sociales.

La décision de baisser les impôts sur les plus riches a été prise à la suite de rapports qui montrent que la précédente hausse du taux d’impôt maximal de 40 à 50 % pour les revenus annuels supérieurs à 150.000 livres a rapporté 5 % de moins que le taux à 40 %. Les pertes pour l’Etat ont été estimées à environ 500 millions de livres sterling.

Plus d’impôts, c’est donc moins de rentrées fiscales. Tous les hommes politiques devraient connaître ce que l’on appelle « l’effet Laffer », du nom du conseiller fiscal qui a inspiré les réformes Reagan dans les années 1980.

Mais nous devons rappeler aussi que le gouvernement Cameron a lancé un programme de réduction drastique des dépenses publiques et la suppression de plus de 700.000 postes de fonctionnaires entre 2011 et 2017.

La Grande-Bretagne n’est pas le seul pays à avoir compris que pour stimuler l’économie il était nécessaire de baisser les impôts. Le Canada l’avait compris dès la fin des années 1980. Le taux d’impôt sur les sociétés était de 38 % en 1985. Aujourd’hui, il est à... 15 %. Pourtant, depuis lors, les rentrées fiscales liées à cet impôt n’ont cessé d’augmenter : de 0.9 % du PIB à 2.5 % du PIB en 2007. En 2011, le produit de l’impôt sur les sociétés a représenté 1.9 % du PIB au Canada et seulement 1.6 % aux Etats-Unis où le taux de l’impôt sur les sociétés est à 35 %. Mais, là aussi, l’administration Obama commence à s’inquiéter et donne son accord pour faire baisser ce taux à 28 %.

C’est également aux Etats-Unis que les débats sur les baisses d’impôts sont au premier rang de la campagne électorale lancée avec les primaires républicaines. Les candidats républicains s’affrontent sur le taux maximum et presque tous proposent une flat tax à 25 % ou 28 %. Le président de la commission des Finances de la Chambre des représentants, le républicain Paul Ryan, vient de présenter les propositions de son parti pour le budget 2012. Y figurent une baisse des dépenses publiques de 5 trillions de dollars sur dix ans et une très ambitieuse réforme fiscale, qui ne garderait que deux taux d’imposition (au lieu de six actuellement) : 10 et 25 % et un taux à 25 % pour les sociétés.

Certains politiques ont donc effectivement compris l’intérêt d’une fiscalité moins progressive et plus stable. Il ne reste qu’à espérer que ce credo gagne aussi les candidats français... un jour ou l’autre.

Nicolas Lecaussin est directeur du développement de l’Iref (Institut de recherches économiques et fiscales) et auteur (avec Jean-Philippe Delsol) de l’ouvrage « A quoi servent les riches », Lattès (mars 2012)

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