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France : première destination touristique et dernière créatrice d’emplois

La fin de l’été marque souvent l’heure des comptes pour les professionnels du tourisme ; avec plus de 85 millions de touristes étrangers, le pays peut se targuer de détenir cette année encore la première place des destinations touristiques. Le Ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, s’en est d’ailleurs félicité. Cette situation est pourtant en demi-teinte, et les professionnels ne doivent pas se voiler la face : l’ouverture des pays asiatiques et la concurrence du numérique bouleversent également ce secteur. Une comparaison plus détaillée des statistiques à notre disposition permet de dégager des tendances qui ne sont pas aussi favorables qu’elles n’y paraissent.

Le législateur en prend également conscience ; un récent rapport d’information de l’Assemblée nationale rappelle que « […] le tourisme apparaît depuis trop longtemps comme une manne naturelle. Il s’agit d’une illusion trompeuse, entretenue par des statistiques flatteuses, incomplètes et pour partie illusoires. Notre pays demeure, certes, sur le papier, la « première destination touristique mondiale » en fréquentation […]. Mais côté recettes touristiques le classement est moins flatteur. C’est pourquoi nous devons nous interroger sur ce potentiel sous exploité et combattre l’idée que le tourisme serait un secteur protégé à l’abri de tout changement. »[1]

Le tourisme en France contribue chaque année à 7,3 % du PIB, soit 157 Md€ de richesses créées par ce secteur en 2014[2]. Un tel marché devrait être à même de soutenir un grand nombre d’emplois. Parmi les pays les plus touristiques en Europe (plus la Turquie), la part de l’emploi dans ce secteur en pourcentage de l’emploi total est bien plus faible en France, 3,7 % contre plus du double en Espagne. La France est également bien en dessous des moyennes de l’OCDE et de l’Union européenne, qui s’établissent à 5,5 % et 4,5 % respectivement.

Pour l’Allemagne et le Royaume-Uni, la forte part du temps partiel peut expliquer une partie de l’écart. Mais cette analyse ne s’applique pas lorsqu’on compare la France à l’Europe méditerranéenne et à la Turquie, où ni les salaires, ni le temps de travail n’expliquent la différence d’emplois générés par le secteur touristique. Le secteur du tourisme ne crée pas autant d’emplois qu’il le devrait.

Tourisme et marché de l’emploi dans quelques pays européens en 2013

Tourisme et marché de l'emploi dans quelques pays européens en 2013

Source : OCDE

D’après l’Organisation mondiale du tourisme, la France représente 7,8 % des arrivées de touristes étrangers mais génère seulement 4,7 % des recettes mondiales. En outre, si le pays veut conserver sa place de leader dans l’accueil des touristes étrangers d’ici à 2030, il lui faudra augmenter le nombre de visiteurs de 65 %, pour atteindre les 140 millions. De lourds investissements seront nécessaires à la réalisation de cet objectif difficilement réalisable dans le contexte actuel. En dépit de son statut de leader, la France va continuer à perdre des parts de marché dans le secteur du tourisme. Plus inquiétant encore est le niveau de dépense par touriste étranger, qui représente seulement 60 % de la moyenne mondiale, comme l’indique le tableau ci-dessous.

Nombre de touristes étrangers et dépense moyenne dans les 10 pays les plus touristiques en 2013

Nombre de touristes étrangers et dépense moyenne dans les 10 pays les plus touristiques en 2013

Source : OMT, Calculs de l’IREF

En réalité, si la France attire de nombreux touristes internationaux, ces derniers sont peu dépensiers, même comparés à des pays comme la Thaïlande ou la Turquie. Ainsi, on constate que les touristes étrangers dépensent beaucoup moins que dans les neuf autres destinations les plus touristiques de la planète, à part la Russie. Si les touristes étrangers en France dépensaient autant que la moyenne mondiale – soit 830 € environ –, les recettes seraient supérieures d’environ 18 Md€ par an et jusqu’à 115 Md€ supplémentaires lorsque l’on compare notre situation à celles des Etats-Unis. Dans la mesure où le secteur touristique soutient près de 2 millions d’emplois directs et indirects en France, 18 Md€ de recettes supplémentaires permettraient la création de 230 000 nouveaux postes dans les secteurs concernés.

Si globalement les enquêtes de satisfaction sont plutôt positives pour la France, les touristes internationaux ne dépensent pas suffisamment relativement aux autres grandes nations touristiques. « Cette caractéristique est accentuée par la comptabilisation comme touristes des étrangers qui ne font que traverser notre pays pour se rendre sur leur lieu de villégiature ou en revenir. »[3] Mais s’ils traversent sans s’arrêter, c’est que nous ne savons pas les retenir !!

Le secteur hôtelier est depuis quelques années en déclin, les sites de réservations en ligne comme Booking font pression à la baisse sur les prixAvec des applications comme Airbnb, l’offre est en forte augmentation. Comme dans tous les secteurs, le numérique et la concurrence vont obliger le secteur à modifier sa stratégie. Quant à l’Etat, son meilleur rôle serait de restreindre ses interventions dans cette phase de transition et d’adaptation.

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