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Exception culturelle ou exception étatiste ?

Victoire : la culture échappera au libre échange atlantique ! Cette « exception française » est inspirée d’abord par la haine du libéralisme, de la concurrence, voire des Américains, ensuite par les privilèges et prébendes dont bénéficie le monde culturel français. Victoire à la Pyrrhus sans doute.

« Quand on défend la diversité culturelle, on n’est pas réactionnaire, on est dans un combat d’avenir », affirme le commissaire européen, Michel Barnier. Pour l’ancien ministre, Jean-Noël Jeanneney, « la culture doit connaître la concurrence des œuvres et des idées mais pas celle de la loi du marché » (Le Figaro, 17/06) tandis que l’éditorial du quotidien Le Monde (18/06) accuse le président de la Commission européenne, M. Barroso, de n’être « ni loyal, ni respectueux ! ». Pour Le Monde, M. Barroso est un véritable « caméléon », « libéral » en 2008, « sarkozyste » sous la présidence de Nicolas Sarkozy mais « incapable de la moindre initiative politique pour relancer l’Union. Sur Europe 1 (17 juin), notre ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, s’est lancée dans une véritable charge contre la vision « ultralibérale » de M. Barroso et nous a ressorti le même poncif : « la culture n’est pas une marchandise ».

Ces réactions interviennent suite aux négociations sur le traité transatlantique de libre-échange Europe-Amérique. La France s’est singularisée en demandant à ce que la culture et l’audiovisuel soient exclus des négociations. Elle a provoqué une déclaration de M. Barroso qui a qualifié la position française comme étant « réactionnaire ». Dans cette querelle, on a affaire à la fameuse « exception culturelle », vieille antienne française. Mais, au-delà des réactions et des polémiques qu’est-ce que se cache véritablement derrière l’attitude française ?

La haine du libéralisme et de la concurrence

Faut-il encore le rappeler ? Tout ce qui est concurrence, libre-échange, marché provoque des urticaires aux politiques français, aux acteurs économiques concernés et aussi à une très grade partie des journalistes et des « spécialistes ». Les réactions de Jean-Noël Jeanneney et de la rédaction du Monde sont symptomatiques : oui aux échanges mais sans la concurrence (!) qui serait dommageable et non pas stimulante. Pour les politiques, il s’agit d’un domaine dans lequel ils peuvent bomber le torse et déclarer vouloir protéger la culture nationale. C’est très bon pour leur électorat. Mais l’idée qu’on peut protéger la culture en fermant les frontières ne résiste pas à l’analyse historique. Athènes a donné naissance à une vie culturelle impressionnante pendant des siècles grâce à son ouverture alors que Sparte s’est éteinte car elle a choisi la fermeture. La Renaissance n’aurait jamais pu exister sans les échanges entre les Flandres, la Bourgogne et l’Italie du Nord… De même, l’impressionnisme sans le marché américain. C’est au contraire, l’ouverture et la concurrence qui stimulent la création et non pas le protectionnisme.

Un monde gavé de subventions publiques

En réalité, les défenseurs de l’exception culturelle sont surtout des défenseurs des subventions publiques. La France possède une administration unique au monde, le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée), qui perçoit directement divers impôts (sur les tickets de cinéma, sur les chaînes de télé, les ventes de DVD et sur les accès Internet…) et redistribue à la « création ». Il dispose d’un budget de 855 millions euros dont 43 millions sont consacrés à son fonctionnement. Cet organisme veut tout subventionner, du court-métrage de 3 minutes jusqu’au grand long métrage. Le mécanisme est très pervers car il s’agit d’abord d’un prélèvement obligatoire pour le faire vivre (quand le spectateur français achète un ticket pour voir un film américain, il finance aussi le cinéma français) et ensuite d’une redistribution au bon vouloir des 46 commissions qui font partie du CNC. Au total, la France dépense pour ses films au moins deux fois plus que l’Allemagne et 6 fois plus que la Grande-Bretagne. Avec des résultats scandaleux et très mitigés. Scandaleux quand on découvre les salaires mirobolants de certaines stars du cinéma français et mitigés car les films britanniques font en moyenne plus d’entrées que les films français.

Est-ce de la culture ?

Cette question doit être posée. En quoi le cinéma français représenterait-il plus la culture que le cinéma des autres pays ? Pour être classé culturel, le film doit-il être intellectuel ? Le cinéma français s’est fait une spécialité dans la production de film (et de séries) barbants et politiquement corrects (heureusement, tous les films ne sont pas pareils). Pourquoi le contribuable doit-il payer pour leur réalisation ? Et pourquoi doit-on mettre en danger ce Traité de libre-échange qui représente des trillions d’euros et des centaines de milliers d’emplois pour soi-disant défendre le cinéma français ?

En réalité, ce « combat » cache des intérêts politiques et cherche à défendre un système de subventions et de privilèges. Il cache aussi l’idéologie protectionniste de la France. Car le libre échange fait toujours exploser les prébendes et les monopoles, et c’est bien ce qui se passera, tôt ou tard.

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Messages (3)

La culture

le 21 juin 2013, 16:47

Ce qui a mon sens, est également dommage, c’est le fait de réduire la culture à l’audiovisuel, en n’abordant que cette facette de l’industrie culturelle française...

En quoi le cinéma représenterait plus la culture que la photographie ?

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Ah non !

le 22 juin 2013, 02:42

Je refuse de payer 10 euros pour voir un film issu de l’exception culturelle. Ils feront leurs films barbants sans moi.

- Répondre -

Libre Echange

le 22 juin 2013, 11:05

Libre échange n’est pas synonyme de concurrence effrénée. Le plus fort obtient une situation de monopole et fixe ensuite arbitrairement ses prix.

Sans compter les prises de participations destinées a capter la technologie et la clientèle avant de dépecer l’entreprise

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