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Entretien avec Juan Rosell
« En Espagne, les réformes structurelles ont sauvé l’économie ! »

Cette interview a été réalisée alors que l’Espagne a créé plus de 500 000 emplois marchands en 2015 et la France seulement 47 100 …
Juan Rosell est président de la Confédération espagnole des Employeurs (CEOE)

1. La situation économique de l’Espagne semble s’améliorer tous les jours. Le pays a créé plus de 500.000 emplois en 2015. Pouvez-vous nous donner quelques détails sur ces créations d’emplois et sur la baisse du chômage ?

Tout au long de l’année 2015, l´économie espagnole a consolidé la réforme du marché de travail commencée en 2014. En moyenne annuelle, le nombre de personnes qui travaillent a augmenté de 521.900 en 2015, ce qui représente une croissance de 3 %, supérieure au 1,2 % enregistré en 2014.

De plus, il s´est produit une chute importante dans le nombre de chômeurs, de 554.400 personnes en moyenne annuelle, ce qui signifie une diminution de 9,9%. De ce fait, le taux de chômage est tombé en 2015 à 22,1%, ce qui se traduit par une réduction de 2,3 points par rapport au chiffre de 24,4%, enregistré en 2014.

Quant à la variation par secteurs, il faut souligner la croissance de l´emploi dans l´industrie ( + 4,3% et 102.000 emplois supplémentaires) et dans la construction (+ 8,1% et 80.000 emplois). De même, la création d´emplois dans les services s´est accelerée : + 2,6 %, et 338.000 emplois, ce qui représente 76% du total des emplois créés en 2015. L´emploi dans l´agriculture est resté pratiquement stable, avec une augmentation de 0,1%.

2. Après la crise de 2008, l’Espagne a fait beaucoup de sacrifices et de nombreuses réformes (Etat, marché du travail, etc..). Pouvez-vous nous dire lesquelles ont été les plus importantes ? Quelles sont les réformes qui ont contribué à donner de l’air aux entreprises espagnoles ?

En Espagne, il y a eu des réformes structurelles très importantes, afin de corriger les déséquilibres macroéconomiques. On peut diviser les réformes en trois piliers fondamentaux : consolidation fiscale, réforme financière et réformes pour la compétitivité et l´emploi. Les réformes les plus importantes, du point de vue entrepreneurial dans ces trois champs d´application, ont été les suivantes :

1. Consolidation fiscale pour assurer la durabilité et la solvabilité de notre économie.

- Loi de Stabilité Budgétaire et durabilité Financière pour contrôler le déséquilibre des finances publiques. Le déficit public a été réduit de moitié en une législature.
- Réforme des Administrations Publiques : économies de 30 Mds d’euros depuis le début de la réforme. Un exemple remarquable est la suppression de 2 304 entités publiques, avec une économie de plus de 3 Mds d’euros.
- Le Plan de Paiement des Fournisseurs, représentant 75.469 millions euros, afin de réduire les retards de paiement, les délais de paiement étant ainsi réduits en moyenne de 142 jours en 2012, à 49 jours en 2015.

2. Réforme du système financier et lancement du financement de l´économie productive.
- Restructuration et recapitalisation des entités financières, avec 40 Mds d’euros de soutien financier procédant du Mécanisme Européen de Stabilité. Le programme d’assistance financière européen a duré seulement 18 mois.
- Réforme de la législation sur l´insolvabilité pour garantir la continuité entrepreneuriale, ainsi que pour introduire un mécanisme d´allègement des dettes des entreprises
- Amélioration du cadre juridique pour l´accès au financement, à travers la Loi de Régulation des Entités de Capital Risque, tout comme la Loi de Promotion du Financement Entrepreneurial.

3. Réformes structurelles pour la compétitivité, la croissance et la création d´emplois.
- Réforme du marché de travail : introduction de la flexibilité interne et modernisation de la négociation collective ; un nouveau contrat de soutien aux entrepreneurs (les Accords pour l´emploi et la négociation collective signés entre syndicats et patronat ont été indispensables pour la relance économique).
- Stimuler la compétitivité des secteurs économiques clé, comme le secteur automobile.

Néanmoins, nous ne devons pas être complaisants, parce que l´économie espagnole doit encore faire face à des défis importants, tels que le maintien d´un modèle de croissance qui ne génère pas de déséquilibres macroéconomiques, la réduction du haut niveau de chômage et la diminution de la dette extérieure. C´est dire que l´Espagne doit encore entreprendre des réformes structurelles majeures et finir de nombreuses autres réformes inachevées.

3. La situation économique de la France est très mauvaise et elle ne cesse d’empirer. Quelle est l’image de notre pays en Espagne et comment est vu notre gouvernement ?

La France a une importance énorme pour l´Espagne, puisque c´est notre principal partenaire commercial. Dans ce sens, il faut souligner que c´est notre plus grand client et, concrètement, l´Espagne a exporté en France, entre les mois de janvier et novembre 2015 (dernières données disponibles), des biens d’une valeur de plus de 35 Mds d’euros. De plus, c´est notre deuxième fournisseur, puisque l´Espagne a acheté à la France des biens d’une valeur de plus de 27 Mds d’euros (entre janvier et novembre 2015), ce qui représente 10,8% du total de nos importations.

Ainsi, les relations économiques bilatérales sont très intenses. Durant les 9 premiers mois de 2015 (derniers données disponibles), la France a investi 1.6 Mds d’euros en Espagne, c’est à dire 10,3% des investissements étrangers effectués dans notre pays. A son tour, l´Espagne a investi 612 millions euros en France durant la même période. Finalement, pour l´Espagne et pour ses entreprises, il est fondamental que l´économie française ait une évolution favorable.

Dans un ouvrage (Spain : Reforms and Recovery) publié en 2013, le président de la Confédération espagnole des employeurs (l’équivalent de notre MEDEF), Juan Rosell, propose une véritable liste de réformes afin de sauver l’économie espagnole. Comme on a pu le constater dans l’entretien que nous avons eu avec lui, une partie de ces réformes ont été adoptées par le gouvernement espagnol et l’économie a très bien réagi : en 2015, elle a créé plus de 500 000 emplois marchands contre 47 100 en France. N’oublions pas, non plus, que l’Espagne était l’un des meilleurs élèves en 2007 : une croissance du PIB à 3.5 % en rythme annuel, un excédent budgétaire à 1.9 % du PIB et une dette à seulement 36.9 %. De plus, entre 2000 et 2012, la population espagnole est passée de 39.3 millions à 46.1 millions de personnes. La crise de 2008a frappé le pays de plein fouet avec une chute du PIB à – 3.7 % du PIB et 1.5 millions de chômeurs en seulement 12 mois. Le déficit budgétaire est passé d’un solde positif de 1.9 % à – 11.1 % du PIB ! Une véritable chute.

La crise espagnole a été surtout le résultat de mauvais choix politiques et des dépenses faramineuses. L’argent de la croissance a été gaspillé pour des investissements inutiles : complexes immobiliers, aéroports, emplois publics… L’Espagne a dépensé sans compter et le pays en a payé le prix avec une crise économique encore plus forte que dans les autres pays européens. C’est dans ce contexte que les réformes structurelles sont encore plus nécessaires et qu’il faut dégraisser le secteur public. « Nous avons besoin d’un Etat avec des muscles, pas avec du gras », écrit justement Juan Rosell. L’Espagne a donc lancé une série de réformes, d’abord en 2010 (suppression de 10 % de l’emploi public, réduction de 5 % des salaires des fonctionnaires, diminution des investissements publics) et aussi 2011-2012 (suppression des primes dans la fonction publique, réduction des dépenses publiques, blocage des retraites…). Dans un premier temps, les indicateurs économiques ont été mauvais, avec une nouvelle récession. L’organisation patronale espagnole dirigée par Juan Rosell a fait en 2012 une série de propositions pour aller encore plus loin sur la voie des réformes avec un audit des administrations publiques, surtout au niveau local où l’inflation bureaucratique a été galopante. De même, pour ce qui est le marché du travail, les réformes Hartz réalisées en Allemagne ont été prises pour modèle. Comme le reconnaît Juan Rosell dans l’entretien qu’il a eu l’amabilité de nous accorder, de nombreuses réformes proposées par son organisation ont été mises en pratique par le gouvernement espagnol. Mais il ne faut pas s’arrêter là. Il faut aller encore plus loin. « L’avenir s’appelle réforme », écrit justement Juan Rosell. Une devise qui s’applique très bien à la France aussi…

Dossier réalisé par Nicolas Lecaussin

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