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Commerce extérieur : un déficit qui en dit long

Mois après mois, depuis plus de dix ans, la France connait un déficit commercial. Les dernières statistiques, pour octobre, publiées en décembre, marquent même une nouvelle dégradation. Est-ce grave ? Oui et non. Non, parce que, d’une certaine façon, comme Bastiat l’avait expliqué, parler de déficit ou d’excédent n’a aucune signification. Oui, parce que ces déficits en disent long sur la situation de notre pays.

L’illusion mercantiliste

Faut-il s’inquiéter de l’existence d’un déficit extérieur et se réjouir d’un excédent ? Tout d’abord, les échanges de marchandises ne sont qu’un aspect des mouvements transfrontaliers, et la balance des paiements tient compte aussi des services et des mouvements de capitaux : les uns peuvent compenser les autres. Plus fondamentalement, ce souci de la situation commerciale est un héritage du mercantilisme : il fallait exporter pour se procurer des métaux précieux, qui constituaient, pour les mercantilistes, la seule vraie richesse d’un pays. Tout faire pour se procurer de l’or, tout faire pour l’empêcher de quitter le pays : l’illusion monétaire et la confusion entre la monnaie et la richesse.

L’illusion est tenace. Frédéric Bastiat avait expliqué que cela n’avait pas grand sens. Un échange libre est toujours gagnant/gagnant, puisque la valeur est subjective. Celui qui dépense de l’argent, pour se procurer un bien qu’il désire, ne s’est évidemment pas appauvri, même s’il y a une frontière au milieu : s’il l’a fait, c’est qu’il préférait avoir le bien que garder son argent ! Se procurer à l’étranger des biens que l’on ne fabrique pas, ou moins chers ou de meilleure qualité est utile : pourquoi se priver du savoir-faire des autres ? En sens inverse, exporter tout ce que l’on produit, et ne presque rien consommer, serait absurde. Un excédent n’est donc pas forcément un enrichissement, ni un déficit un appauvrissement. En outre, parler de produits français n’a guère de sens : la plupart des produits intègrent des éléments venant de nombreux pays. Et qu’est-ce qui est plus Français ? Une Toyota fabriquée en France ou une Peugeot fabriquée dans les pays de l’Est ?

Un déficit persistant, malgré la baisse de pétrole

Pourtant, ces déficits peuvent aussi être très significatifs pour la situation économique d’un pays. La France connait un déficit commercial depuis plus de dix ans (le dernier excédent remonte à 2002). Pendant ce temps, notre part de marché mondial est passée de 5 à 3%. Nous sommes le 5eme importateur du monde, mais seulement le 7eme exportateur. Le déficit pour 2014 était de 58,1 milliards. On annonçait une amélioration début 2015, mais les derniers chiffres inversent à nouveau la tendance : 3,6 milliards de déficit en septembre, 4,6 milliards en octobre, chiffre le plus mauvais depuis un an.

On a donné de nombreuses explications à cette situation. C’était la faute au pétrole cher, que nous devons importer. On a même imaginé des calculs du commerce extérieur hors-énergie !

A quand les calculs du chômage sans tenir compte des demandeurs d’emplois ? Est-ce que l’Allemagne, qui accumule les excédents, a plus de pétrole que nous ? Mais depuis des mois le prix du pétrole ne cesse de baisser, il est en dessous de 40 dollars, alors qu’il avait largement dépassé les 100, et culminé à 147 en 2008. Le recul des prix depuis 2011 est de près de 60%. Notre facture énergétique s’allège considérablement (de 12 milliards en dix mois)…et notre balance ne s’améliore pas.

La « mondialisation ultra-libérale et l’Euro fort »

On met en avant les échanges avec la Chine : c’est notre plus grand déficit commercial ; mais pourquoi l’Allemagne exporte-t-elle en Chine beaucoup plus que nous et a-t-elle un déficit bien moindre que le nôtre ? De plus, après la Chine, nos principaux déficits sont avec l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas et l’Irlande ; c’est-à-dire des pays européens, pour lesquels on ne peut mettre en avant les arguments habituels : l’euro (ils sont tous dans la zone euro), le niveau de développement (comparable au notre), les salaires « faibles », l’absence de protection sociale, etc. Incriminer la « mondialisation ultra-libérale », alors qu’en dehors de la Chine nos déficits les plus importants le sont avec nos voisins européens, manque pour le moins de pertinence.

L’argument de l’euro fort ne tient pas plus. D’abord, l’euro n’a cessé de baisser depuis des mois. Il est loin le temps d’un euro à 1,60 (en 2008) ; le voici à moins de 1,10 dollar. L’euro est devenu « faible » et notre commerce extérieur ne s’est pas amélioré. Est-ce surprenant ? Nous réalisons 60% de nos exportations vers l’union européenne à 28 et environ la moitié de nos exportations vont vers la zone euro à 19, pour laquelle la question du taux de change ne se pose pas : nous avons la même monnaie. Or la majorité de nos déficits sont intérieurs à la zone euro. Pour le reste, l’idée qu’il suffit de manipuler sa monnaie pour améliorer ses exportations est une conception bien naïve de la vie économique. L’Allemagne a un excédent substantiel, que l’euro soit faible ou fort.

Un pays qui rêve de révolution et dont les gouvernants refusent toute réforme

Quel est alors le problème, si ce n’est ni l’euro, ni le pétrole, ni la « mondialisation ultra-libérale » ? Même le rapport Gallois, qui n’était pourtant pas bien libéral, écarte ces fausses pistes et met en avant nos problèmes de compétitivité dans le décrochage de notre économie. Notre compétitivité-prix n’est pas bonne et notre compétitivité-produits non plus. Les raisons en sont connues. L’OCDE vient de rappeler le 3 décembre ce que l’IREF ne cesse de répéter : nous sommes vice-champions du monde des prélèvements obligatoires (45,2% du PIB en 2014 contre 34,4% en moyenne dans l’OCDE). Les prélèvements sociaux considérables pesant sur les entreprises s’ajoutent au code du travail le plus complexe et épais du monde, à une durée du travail trop rigide, à un SMIC et à un coût du travail irréalistes, à un secteur public pléthorique et coûteux, à une réglementation paralysante. Tout cela plombe nos entreprises et leur compétitivité et ne nous permet ni d’être compétitifs sur les prix pour le bas de gamme, ni d’investir et d’innover pour booster le haut de gamme (compétitivité-produit). Notre déficit extérieur n’est qu’un signal d’alarme de plus de cette exception française d’un pays qui adore rêver de révolution et dont les gouvernants refusent toute réforme.

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