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La fausse baisse des chiffres du chômage

Selon les derniers chiffres publiés par le ministère du Travail, le chômage viendrait de connaître sa baisse mensuelle la plus importante depuis septembre 2000, avec 60 000 demandeurs d’emplois de moins sur le mois de mars et 50 000 de moins depuis le début de l’année 2016. À la fin mars, la France comptait donc 3 531 000 chômeurs de catégorie A après un recul en janvier, et à nouveau un niveau record fin février (3 591 000 demandeurs d’emplois). Mais derrière ces chiffres se cache une réalité plus ambiguë.

La « baisse » du chômage n’en est pas vraiment une

Comme on peut l’observer sur le graphique ci-après, le nombre de demandeurs d’emplois de catégorie A est passé de moins de 2 millions à la moitié de l’année 2008 à 3,6 millions à la fin 2015, ce qui fait un total de 1,6 millions de chômeurs en plus. Depuis l’élection de François Hollande, alors que la situation de l’emploi avait déjà bien empiré à cause de la crise économique de 2008, la France a enregistré 700 000 chômeurs de plus. Mais comme l’IREF l’a fait remarquer à plusieurs reprises, le chômage dans son sens élargi en incluant les catégories de demandeurs d’emplois B et C (tenus de faire des actes de recherche d’emploi mais ayant exercé une activité réduite courte ou longue) et D et E (non tenus de rechercher un emploi : stagiaires, en formation, maladie, contrats aidés…) est bien plus grave. Entre la mi-2008 et aujourd’hui, Pôle emploi s’est engorgé de 2,7 millions demandeurs d’emplois en plus – soit pas très loin du double.

Nombre de demandeurs d’emplois inscrits à Pôle emploi

Nombre de demandeurs d'emplois inscrits à Pôle emploi

En observant de près, on remarque que la baisse du chômage annoncée ce mois-ci(1) pour les catégories A, B et C n’est plus que de 8 700 personnes, (2) pour l’ensemble des catégories n’est que de 7 600 personnes et (3) que le nombre de demandeurs d’emplois a augmenté de 13 800 personnes pour les catégories B et de 37 500 personnes pour les catégories C. En analysant ces déplacements de catégories des demandeurs d’emplois, on comprend alors qu’il ne s’agit pas d’une véritable reprise du marché de l’emploi, mais bien d’un simple transfert du chômage de catégorie A vers des activités réduites et non vers des créations de CDI.

Les motifs d’inscription et de sorties de Pôle emploi

L’analyse des motifs d’inscription et de sortie des demandeurs d’emplois à Pôle emploi nous apporte d’autres éléments de réponse. Seulement 11 200 personnes de plus par rapport au mois de février 2016 sont sorties des statistiques des demandeurs d’emplois de catégories A, B et C – dont 7 800 pour un défaut d’actualisation du dossier, 1 200 par radiation et seulement 400 pour une reprise d’emploi déclarée. Par ailleurs, les inscriptions restent à un niveau quasiment égal, avec une légère hausse des licenciements, des démissions, des premières inscriptions et des fins de mission même si on constate une augmentation des inscriptions pour reprise d’activité et une baisse des « autres cas » qui incluent notamment les ruptures conventionnelles de CDI et les fins d’activité non salariée (voir les graphiques).

Motifs de sortie de Pôle emploi de demandeurs d’emplois en catégories A, B et C

Motifs de sortie de Pôle emploi de demandeurs d'emplois en catégories A, B et C

Motifs d’inscription des entrées à Pôle emploi de demandeurs d’emplois en catégories A, B et C

Motifs d'inscription des entrées à Pôle emploi de demandeurs d'emplois en catégories A, B et C

Réformer comme l’ont fait l’Italie, le Royaume-Uni ou l’Espagne

Alors est-ce que la situation « va mieux » selon les termes de François Hollande ? Si la croissance semble repartir modérément, quoique de manière moins flamboyante que chez nos voisins britannique et allemand, il est encore trop tôt pour dire si la courbe du chômage s’est vraiment inversée. Mais l’optimisme gouvernemental doit être tempéré car le moindre choc externe pourrait anéantir la timide reprise actuelle. Il est même clair que la France a pris un retard considérable alors que la conjoncture internationale est favorable (pétrole bas, faibles taux d’intérêt, croissance de la zone euro et de l’UE, baisse de l’euro, etc.) et que la création d’emplois est repartie partout autour de nous dans une ampleur bien plus grande : en Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie, en Espagne ou encore aux États-Unis. Il devient urgent d’entamer des réformes de fond semblables à celles qui ont été réalisées depuis la crise en Italie, au Royaume-Uni ou en Espagne.

- L’Italie a introduit en 2015, sous l’impulsion du Premier ministre Matteo Renzi, une certaine flexibilité dans le marché du travail avec le Jobs Act, une loi qui a mis en place un contrat unique à durée indéterminée et assoupli considérablement les conditions du licenciement. Résultat : Depuis la mise en place du Jobs Act, plus de 764 000 de CDI ont été signés entre les entreprises et les nouveaux salariés et le taux de chômage moyen a diminué pour la première fois depuis 7 ans.

- Le Royaume-Uni a mis en place depuis 2011, sous le gouvernement de David Cameron, les contrats zéro heure, qui sont des contrats extrêmement flexibles où il n’y a pas de durée hebdomadaire obligatoire et dont les procédures de licenciement ont été extrêmement simplifiées. Le gouvernement a également renforcé les obligations des chômeurs, réformé le droit du licenciement et réduit considérablement les allocations sociales. Résultat : près de deux millions d’emplois ont été créés dans le secteur privé depuis 2010 tandis que 400 000 emplois publics étaient supprimés en même temps.

- Même chose en Espagne, où les réformes du marché du travail de Rajoy ont permis la création de 500 000 postes en un an.

Pour recréer de l’emploi, il faut donc s’attaquer à trois fronts différents : (1) l’indemnisation chômage et l’accompagnement des demandeurs d’emplois, pour lesquels il faut instaurer des mesures incitatives de retour à l’emploi en diminuant progressivement les allocations ; (2) simplifier et faciliter les conditions d’embauche et de licenciement, en mettant en place un contrat unique flexible qui serait librement négociable entre l’employeur et le salarié et en limitant le coût des licenciements (indemnités de licenciement et indemnités prud’homales notamment) ; et (3) la formation professionnelle, l’apprentissage et l’éducation, en simplifiant drastiquement la bureaucratie et l’étatisme qui en empêchent le développement. La loi Travail partait une bonne intention ; espérons que le gouvernement ne pliera pas devant la rue et saura imposer ces réformes indispensables.

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Messages (5)

Ambiguité

le 3 mai, 11:41 par frank.trisolini@gmail.com

La comptabilité des Demandeurs d'emploi est structurée de telle manière, (Enarchie oblige...) qu'à ses chiffres on peut lueur faire dire
CE QUE L'ON VEUT !!

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Tricherie ?

le 3 mai, 13:09 par Jidé

Quitte à tricher,si c'est le cas, autant le faire intelligemment !
60000 chômeurs de moins d'un mois sur l'autre sans raison objective apparente ça semble beaucoup !
L'INSEE aurait dû en annoncer 10000, puis 20000 et enfin 30000 sur 3 mois.Cela aurait paru moins suspect !

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les statistiques on leur fait dire ce qu'on veut.

le 3 mai, 14:40 par napo

Tellement évident qu'ils ont bidouillé les chiffres ! quatre ans que l'équipe au pouvoir nous ment. Quelle promesse parmi les cent de l'élection fut tenue ? Une ?

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chomage

le 3 mai, 18:06 par FA31151

le Tartuffe qui nous sert de Président prend vraiment le citoyen pour une andouille, et c'est là une litote !
Cet individu est une catastrophe nationale qui ne se sait que tricher et "paraitre".
Il ne risque malheureusement pas la crise cardiaque pour surmenage ce clown !

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les agents publics ne payent pas d'impôts

le 9 mai, 18:04 par PICOT Pierre

Bonjour,
je suis un ancien inspecteur des impôts et je viens d'apprendre par votre plume que je ne payais pas d'impôt puisque vous dites dans votre article que "si on exclut les 5,4 millions d'agents publics qui sont rémunérés par les prélèvements obligatoires prélevés sur le secteur privé ..." il n'y a donc que le secteur privé qui paye des impôts. Encore merci pour le secteur public.

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